La monétisation de la cohésion nationale
Il y a près de 2500 ans, pendant la guerre du Péloponnèse, l’historien Thucydide illustrait avec une remarquable lucidité les rapports de force entre États dans le célèbre dialogue des Méliens. Athènes, alors au sommet de sa puissance, exigeait que la petite cité de Mélos abandonne sa neutralité et se soumette à son empire. Les Méliens refusèrent. Ils furent vaincus et leur cité, détruite. Aujourd’hui, ces rapports de force n’ont pas disparu. Ils se sont simplement déplacés du champ de bataille vers les tables de négociation.
Au sujet de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) , le comportement des États-Unis n’a rien de surprenant. Mais celui du Canada continue d’alimenter l’incertitude. Le dialogue des Méliens nous enseigne, pourtant, comment les grandes puissances négocient. L’ACEUM nous oblige aujourd’hui à répondre à cette question : « Comment la fédération canadienne peut-elle demeurer unie lorsqu’elle doit répartir les sacrifices imposés par ces rapports de force ? » En effet, au fond, le véritable défi sera de convaincre l’ensemble de la population canadienne que les sacrifices consentis seront compris comme nécessaires et légitimes, d’un océan à l’autre.
Les sacrifices sont inévitables.
La guerre du Péloponnèse (431 av. J.-C. à 404 av. J.-C.) ne fut jamais uniquement une guerre entre Athènes et Sparte. Comme le rappelait l’historienne Claude Mossé, elle opposa deux systèmes d’alliances cherchant chacun à préserver sa sphère d’influence tout en attirant les cités neutres dans leur camp. Déjà, l’équilibre entre les grandes puissances dépendait autant de leurs adversaires que de leurs........
