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La Constitution américaine était une expérience de neurosciences

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24.07.2026

« Si les hommes étaient des anges, aucun gouvernement ne serait nécessaire. » James Madison a écrit cette phrase en 1788. On la cite depuis comme une maxime de philosophie politique. C’est quelque chose de plus précis que cela. C’est un cahier d’architecte : le gouvernement doit être conçu pour l’organisme tel qu’il est réellement, non tel qu’on voudrait qu’il soit.

Ce que Madison n’avait pas, et ce que nous possédons maintenant, c’est une explication des mécanismes précis de ce qui se produit lorsque cet organisme reçoit le pouvoir et y demeure trop longtemps. Le neuroscientifique Dacher Keltner, à l’Université de Californie, à Berkeley, a établi, au fil de deux décennies de recherches, que le pouvoir concentré, soustrait à toute reddition de comptes, produit de façon prévisible des altérations précises du cerveau : appauvrissement de l’empathie, indifférence aux points de vue d’autrui, tendance systématique à ériger son propre jugement en vérité.

Jeremy Hogeveen, à l’Université Wilfrid Laurier, en Ontario, l’a démontré sur le plan neuronal : un sentiment de pouvoir induit expérimentalement supprime de façon mesurable les réponses en miroir du cerveau — les mécanismes par lesquels nous simulons ce que les autres ressentent. L’effet est proportionnel à la dose et réversible. Ce n’est pas un défaut de caractère. C’est ce que fait un cerveau normal dans ces conditions — celui de n’importe qui.

Les rédacteurs de la Constitution américaine ne disposaient pas de ces recherches. Ils avaient 6000 ans d’échecs politiques inventoriés, une formation classique saturée par le récit de la chute de Rome, et la conviction lucide que le problème était architectural plutôt qu’individuel. Ce qu’ils ont construit à Philadelphie en 1787 était, sans........

© Le Devoir