Doit-on craindre une invasion américaine?
Dans une récente entrevue au New York Times, le premier ministre Mark Carney a dit avoir considéré, en matière de gestion du risque, la possibilité que les États-Unis envahissent militairement le Canada. Surprécaution ? Fabulation ? Position du défendeur adoubé des puissances moyennes ?
D’abord, il faut mettre les choses en perspective. Utilisant une expression propre au milieu financier, M. Carney a qualifié ce scénario de « risque extrême de queue de distribution », un jargon qui fait référence à la probabilité d’un événement rare et hautement destructeur que les modèles de prévision classiques considèrent comme hautement improbable, mais qui entraînerait des dégâts considérables s’il venait à se produire. Il s’agit certes de paroles diplomatiques pour ne pas provoquer une réaction du pygargue déjanté qui aire sur la Pennsylvania Avenue, mais l’évaluation est fondée : il n’y a pas lieu de paniquer tant il serait surprenant que la chose se produise. À moins que…
Une évaluation stratégique démontre que les hostilités ne dureraient pas longtemps. Pour donner une idée des forces en présence, considérons seulement la base de Fort Drum, située dans l’état de New York, à 100 kilomètres de Kingston, 200 d’Ottawa et 300 de Montréal : on y compte environ 18 000 militaires actifs, soit l’équivalent du quart de l’ensemble des forces armées canadiennes régulières, tous services........
