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Je te laisserai des mots

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02.03.2026

Pourquoi écrire ? Je sais bien, la question n’est pas originale, un peu comme la plupart des questions existentielles, d’ailleurs, de celles qui nous amènent à revisiter le sens profond des choses qui nous meuvent. On vit notre existence en nous croyant ni plus ni moins uniques, parfois même un peu au-dessus de ces questions qui dessinent le pourtour de notre condition humaine et, soudainement, un matin, en marchant avec le chien, ou alors de manière plus dramatique, en cueillant nos premiers morts, nos ruptures et tous nos deuils, on vit, de l’intérieur, avec une précision qui découpera le réel d’une nouvelle manière, l’existence des limites. On trébuche alors sur tout un tas de pierres qui avaient toujours été là pourtant, mais sans qu’on s’y attarde, parce qu’il y avait d’autres chemins, parce qu’il y avait des défenses qui nous empêchaient de les voir, parce qu’il devait bien y avoir, oui, d’autres façons d’éviter de nous affaler ainsi au beau milieu de notre existence.

Puis, il vient, ou plutôt au pluriel, ils viennent, ces instants précis où il ne sera plus possible de ne pas nous coucher un peu en nous, pour nous laisser questionner par le sens de notre vie. Ce « pourquoi écrire » vient ainsi à moi comme il vient un jour ou l’autre, à toute personne qui gagne sa vie (ou du moins qui essaie de la gagner) avec son art. On pourrait probablement étendre cette question à toute personne qui crée. Elle doit bien, oui, saisir quiconque consacrant le plus clair de son temps à moudre le monde au travers de son broyeur symbolique pour ensuite retourner à ce même monde, quelque chose qui aurait pris, dans le processus, des couleurs, des mots, des mouvements qui tentent de dire ce que c’est que de vivre.

Et quand on voit combien ce geste, pourtant à la base de ce qui nous........

© Le Devoir