Encourager l’entreprise locale sans financer des intérêts religieux
Le ministre de l’Économie, Jean Boulet, et le ministre de l’Agriculture, Donald Martel, viennent d’annoncer un soutien financier de 10,2 millions de dollars à Montpak International, une entreprise québécoise spécialisée dans la transformation de viandes de veau, de bœuf et d’agneau.
Nous ne pouvons que saluer les efforts déployés par le gouvernement pour soutenir une entreprise québécoise et, comme le dit le ministre Boulet, renforcer « toute la filière québécoise, des fermes jusqu’aux usines » en rapatriant « de la valeur qui partait à l’extérieur ». Un balado percutant de Radio-Canada nous apprenait d’ailleurs cet automne que la grande majorité des vaches du Québec sont abattues à l’extérieur de la province, parfois après avoir enduré plus que les 36 heures réglementaires de transport dans des conditions éprouvantes.
De plus, cette décentralisation du traitement de la viande rend sa traçabilité presque impossible, le reportage indiquant qu’une seule boulette de burger pouvait contenir de la viande provenant de centaines de vaches différentes. En plus de permettre l’essor économique d’entreprises locales, réduire les distances parcourues « de la ferme à la table » permet notamment de réduire la souffrance animale due au transport, et de faciliter l’étiquetage de la viande.
L’angle mort de l’abattage rituel
Cependant, en matière de bien-être animal, le gouvernement fait abstraction de l’éléphant dans la pièce, celui de l’abattage sans étourdissement de l’animal. En effet, les viandes de la marque Famille Fontaine produites par l’entreprise Montpak International sont certifiées halal.
Rappelons que le Règlement sur la salubrité des aliments au Canada prévoit, à son article 141, que l’animal doit, avant la saignée, être étourdi de façon qu’il soit rendu inconscient et qu’il ne reprenne pas conscience avant sa mort, ce qui lui évite ainsi toute souffrance due à l’abattage. Or, cette exigence est levée dans le cas de l’abattage rituel judaïque ou islamique (article 144). Il est dans ce cas permis de trancher les vaisseaux sanguins du cou de l’animal sans l’avoir préalablement insensibilisé, et de laisser son sang s’écouler, parfois pendant de longues minutes, avant qu’il ne finisse par perdre conscience.
Quel que soit le reste du parcours de l’animal dans la chaîne d’abattage, aucun témoin direct, y compris les vétérinaires d’abattoir avec qui nous avons échangé, ne peut nier que de trancher la gorge d’un bœuf à froid plutôt qu’après l’avoir rendu inconscient décuple inutilement sa souffrance.
Quant à l’étiquetage de la viande, rappelons qu’aucune loi, ni fédérale ni provinciale, ne requiert d’indiquer le mode d’abattage sur l’emballage, si bien qu’il est presque impossible pour le consommateur de s’assurer d’acheter en épicerie de la viande obtenue par un abattage conventionnel. Nous avons appris que, dans l’ensemble des abattoirs, une grande partie de la viande issue d’un abattage rituel n’est pas étiquetée comme telle, et ce, pour différentes raisons allant de la simplification de la gestion de l’abattoir au refus de certaines parties du corps de l’animal par les représentants religieux.
Au détriment du consommateur
En janvier, le Bloc québécois dénonçait avec raison l’investissement de 40 millions de dollars prévu dans le budget fédéral de 2025 pour aider à la production de viande canadienne halal et casher. Or, voilà maintenant que le gouvernement du Québec contribue lui aussi à financer le marché de la viande halal.
Pourquoi l’argent du contribuable devrait-il servir à soutenir des intérêts religieux, de surcroît en bafouant les valeurs sociales relatives au bien-être animal, la liberté de conscience des citoyens, et en limitant davantage l’accès des consommateurs à de la viande obtenue sans accommodement religieux ?
Il est étonnant qu’un gouvernement faisant de la laïcité une priorité accepte de financer à même les deniers publics un mode d’abattage soumis à des règles religieuses. Une simple consultation d’un site local de certification halal nous informe d’ailleurs qu’une telle certification exige que les animaux soient « abattus par un musulman et au nom d’Allah, selon des méthodes spécifiques ». L’argent du contribuable ne devrait en aucun cas servir à financer des pratiques religieuses.
Nous demandons instamment au gouvernement du Québec de s’assurer de ne pas encourager financièrement un mode d’abattage rituel, d’exiger que toute viande d’animaux abattus sans étourdissement préalable soit étiquetée de façon à indiquer la méthode d’abattage utilisée, et d’assurer la disponibilité de viande ni halal ni casher (et obtenue par un abattage respectant le bien-être animal) dans toutes les grandes chaînes alimentaires du Québec.
Il en va du droit des consommateurs, et de la crédibilité du gouvernement en matière de laïcité.
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