Politiciens, enlevez vos œillères!
Une campagne, cinq chefs et autant de visions du monde : c’est le constat que nous faisons. On assiste à une campagne en vase clos où chaque parti tente d’aller chercher des segments de l’électorat en tablant sur leurs intérêts précis.
Bien qu’il soit nécessaire de se distinguer des autres chefs, cette cacophonie de façons de voir des enjeux comme la crise du logement ou l’accès aux médecins de famille mais de les interpréter à des sauces différentes donne lieu à une impression de confusion déstabilisante. Comment se fait-il que les politiciens puissent vivre ainsi dans des réalités parallèles ? Cette campagne électorale met en concurrence différentes versions de la réalité.
Nous avions abordé la fragmentation des publics dans un texte précédent. Il est aussi utile de parler ici de la fragmentation de l’offre politique elle-même : les chefs et les partis mènent actuellement des campagnes parallèles, chacun construisant son propre diagnostic du Québec. Cette impression est bien sûr décuplée par le nombre plus élevé qu’à l’habitude de partis politiques viables.
De quel Québec parlent les partis ?
Dans cette approche de distinction et d’opposition entre partis, le principal problème démocratique n’est pas ici que les partis soient trop en désaccord, mais qu’ils ne soient pas en accord quant à la définition d’une réalité commune. Chacun cherche non seulement à proposer ses propres solutions, mais aussi à imposer sa définition des problèmes prioritaires du Québec.
Prenons par exemple la définition de l’état actuel du Québec et de ce qui explique ses difficultés.
Christine Fréchette construit un Québec qui doit retrouver efficacité, prospérité et capacité d’action, notamment en simplifiant l’État et en stimulant l’économie. Paul St-Pierre Plamondon décrit plutôt un contrat social fragilisé, où les difficultés de logement, le déclin du français et les problèmes des services publics sont notamment liés à une perte de contrôle en matière d’immigration et, plus largement, de capacité nationale d’agir. Charles Milliard bâtit pour sa part l’image d’un Québec qu’il faut « réparer »........
