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Dix ans plus tard, quelles leçons tirer des attentats de Bruxelles?

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20.03.2026

Le 22 mars 2016, il y a 10 ans presque jour pour jour, je suis en route pour le bureau de la Délégation générale du Québec à Bruxelles. Un bulletin spécial à la radio indique que des explosions viennent de se produire à l’aéroport. Au même moment, une bombe éclate alors que je suis en face de la rame de métro Maelbeek, à deux pas du bureau. Ébranlé, tout le personnel de la délégation diplomatique organise la gestion de crise.

Dans les jours qui ont suivi, j’apprendrai que les attentats-suicides ont fait 35 morts et 340 blessés.

Une décennie plus tard, Israël applique la politique de la terre brûlée en bombardant Gaza et le Liban, et joint ses efforts à ceux des Américains pour anéantir le régime des mollahs en Iran. Quelles seront les réelles conséquences de ce chaos ? Sommes-nous en train de semer, encore une fois, les graines de la radicalisation ? Serons-nous témoins dans un proche avenir du retour du terrorisme dans nos grandes capitales d’Europe et d’Amérique ?

Certains des auteurs des attentats de Bruxelles, membres de l’organisation terroriste État islamique, ont joué également un rôle important dans les attentats de Paris au Bataclan et au Stade de France quelques mois plus tôt, le 13 novembre 2015, fauchant 132 vies et blessant 413 personnes.

Dix ans plus tôt (et à peine trois ans après les attentats du 11 septembre 2001), Madrid était l’épicentre du terrorisme. Des soldats martyrs islamistes y ont fait plus de 200 morts et 1900 blessés en faisant exploser des infrastructures de transport en commun. Rappelons que cet événement tragique est une réponse des groupes djihadistes à la participation de l’Espagne à la guerre en Irak, une guerre dite préventive. Ce concept fait d’ailleurs partie du discours actuel qui prévaut à Washington et à Tel-Aviv pour motiver les attaques contre Téhéran.

Malgré ces opérations de destruction menées par des groupes extrémistes, chaque fois, la vie reprend son cours. À Bruxelles, il a fallu quelques semaines pour que les rues de la capitale européenne s’animent à nouveau. La mixité culturelle s’est réinstallée ; l’aéroport comme le métro ont retrouvé leur rythme ; les nombreuses activités de coopération entre le Québec et l’Union européenne, ainsi qu’avec le BENELUX, ont continué à noircir les agendas. Mais les personnes qui ont été entraînées dans ce drame, de près ou de loin, en gardent des séquelles. Les mauvais souvenirs, souvent bien cachés, refont surface de temps à autre, surtout autour de la date anniversaire du 22 mars.

Ces drames nous ont appris quelques leçons.

Au premier rang, la nécessaire coopération internationale sur la circulation d’informations sensibles et sur le suivi des groupes et individus radicalisés. L’Europe a rapidement pris des mesures pour contrer la menace : partage de bases de données et d’informations, création de cellules de lutte contre la radicalisation, coopération policière à travers Interpol et coopération judiciaire par l’intermédiaire d’Eurojust.

Au deuxième rang, le renforcement des mécanismes de sécurité dans les villes, principalement dans les infrastructures critiques et les espaces publics. On a vu apparaître de nouvelles technologies de contrôle dans les transports, des mesures de sécurité dans les grands événements, des plans d’intervention et de prévention dans les lieux touristiques, ainsi qu’un renforcement de la cybersécurité.

Enfin, la résilience de nos sociétés à surmonter les catastrophes, à s’appuyer sur la solidarité des uns et des autres, à développer des mécanismes qui permettent à une société de se relever après un traumatisme. De nombreux programmes de recherche sont nés aux États-Unis et en Europe à la suite de ces séries d’attentats. Des chercheurs et des experts se sont penchés sur le processus de résilience sociétale face au terrorisme, sur la résilience communautaire et sur la gestion de crise nationale.

Doit-on entrevoir un scénario du pire ?

Comment ne pas se projeter dans l’avenir alors que Gaza, le Liban et l’Iran sont sous les bombes d’Israël et des États-Unis et que les pays du Golfe font l’objet de représailles par l’Iran ? Nous sommes témoins de la destruction de quartiers complets, de maisons, d’hôpitaux, d’écoles et de lieux de culte. Ces conflits créent des drames familiaux qui laissent derrière des centaines, voire des milliers, de jeunes orphelins.

Un jour, un simulacre de paix reviendra, et peut-être aussi quelques signaux d’une pseudo-démocratie. Mais quels sentiments habiteront cette nouvelle génération ? Une génération qui aura accès à des armes et à des technologies de pointe, à des drones et à des applications d’intelligence artificielle. Sommes-nous en train de créer les prochains soldats martyrs qui voudront venger leurs parents, leur pays et leur histoire ?

Plus que jamais, le dialogue entre nations est nécessaire. La coopération internationale, l’aide au développement pour les pays en situation de conflit et le respect du droit international ne sont pas négociables. Nous devons renforcer le multilatéralisme afin de faire barrage aux initiatives de certains leaders attirés par les chimères qui portent le nom de « Conseil de la paix ».

Mon souhait : ne plus revivre le 22 mars 2016.

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