Pour monter sur les podiums, le Canada doit reconstruire les plateaux où le sport commence
Au sortir de Milan‑Cortina 2026, une vérité s’impose : malgré 21 médailles — moins que les 30 anticipées —, la conversation la plus lucide n’est pas venue des tribunes politiques, mais des athlètes eux‑mêmes. Olympiques et paralympiques, ils ont parlé d’une seule voix pour décrire des conditions d’entraînement intenables et un système à bout de souffle. Si rien ne change, le Canada continuera de reculer, non par manque de talent, mais faute d’une base solide.
Cette conversation dépasse les podiums. Elle porte sur les lieux où naissent la joie de bouger, l’appartenance et la santé : arénas, piscines, gymnases, terrains, parcs, centres communautaires. Ce sont ces plateaux qui nourrissent le parcours vers l’excellence. Quand ils manquent, sont dépassés ou saturés, la participation chute, les inégalités s’accentuent et le continuum vers la haute performance s’assèche à sa source. Les Canadiens ne réclament pas une idée nouvelle : ils réclament des espaces où cette idée peut prendre vie.
Or, un pays de 40 millions ne peut prospérer sur des infrastructures bâties pour un pays de 20 millions.Une grande part de notre réseau d’installations d’entraînement et de compétition — alors visionnaire — remonte à l’époque du centenaire. Pendant ce temps, la demande explose : listes d’attente, hausse des frais, municipalités à bout de souffle, conditions d’entraînement compromises. Il est illusoire d’espérer un système sportif performant lorsqu’on s’appuie sur des fondations conçues pour une autre époque.
Le sport, l’activité physique et les loisirs sont des infrastructures de santé — physique, mentale et sociale. Lorsque les communautés disposent d’installations modernes et accessibles, la participation augmente, les jeunes tissent des réseaux de soutien, les aînés conservent leur autonomie, les nouveaux arrivants s’intègrent plus vite, et la pression sur le système de santé diminue. L’inactivité physique coûte des milliards chaque année ; réduire ce fardeau passe par la prévention la plus simple et la plus efficace qui soit : bâtir des lieux où bouger devient naturel, quotidien et agréable. Même une réduction modeste de l’inactivité génère des économies substantielles, tout en renforçant la cohésion des quartiers et la sécurité des espaces publics.
La réponse n’est pas un programme ponctuel, mais une mobilisation nationale à l’échelle de 1967. Le moment compte, le Canada ne doit pas concevoir un nouveau modèle de financement de manière isolée ou prématurée.
Laissons la Commission sur l’avenir du sport au Canada terminer son travail — puis alignons le financement. Plus tard ce mois‑ci, la Commission publiera son rapport. Ce travail précisera les réformes de gouvernance ainsi que les rôles et responsabilités à travers le système sportif canadien. Ces conclusions doivent orienter l’approche nationale en matière d’investissement.
Ce n’est qu’une fois les recommandations connues que le Canada pourra bâtir un plan d’investissement cohérent et bien séquencé — un plan qui aligne le leadership fédéral, les mandats provinciaux, les réalités municipales et la capacité des conseils scolaires. Le financement doit suivre la structure, pas la précéder.
Comme l’a affirmé le premier ministre Mark Carney, le Canada entre dans une ère de reconstruction ambitieuse — une mobilisation nationale visant à bâtir des communautés fortes grâce à des investissements structurants. Il est clair que les installations sportives doivent faire partie intégrante de ce chantier national. Elles représentent des leviers concrets pour bâtir un pays plus résilient, plus uni et plus en santé.
Le sport commence dans les communautés, mais il progresse grâce aux campus. Les centres communautaires, arénas, piscines, gymnases et terrains sont les lieux où la participation prend racine. Mais le système canadien repose sur une couche intermédiaire essentielle : les écoles secondaires, les collèges et les universités. Ces campus assurent la transition entre participation et performance. Ils offrent l’entraînement, les sciences du sport, la préparation physique, les plateformes de compétition et des milieux où l’éducation et l’ambition sportive se renforcent mutuellement.
Investir dans les campus comme biens civiques partagés, c’est renforcer tout l’écosystème sportif. Un système digne de nos athlètes exige une fondation digne de la nation. Le leadership démontré par les athlètes canadiens à Milan‑Cortina a amené le pays à un tournant. Le courage dont ils ont fait preuve en nommant la fragilité du système a révélé la voie à suivre.
Si le Canada modernise ses infrastructures, aligne ses juridictions et reconstruit le système, du communautaire jusqu’aux campus et aux centres nationaux d’entraînement, nous pouvons devenir un pays plus actif, plus en santé et plus compétitif. Les réformes de la gouvernance et le soutien direct aux athlètes sont essentiels, mais aucun ne pourra réussir sans les espaces physiques qui rendent la participation possible.
Le Canada l’a déjà fait. Nous pouvons le faire de nouveau. Construisons les espaces. Alignons le système. Et laissons les Canadiens, de la communauté jusqu’au podium, en passant par les campus, faire le reste.
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