Parler de détresse efface les violences
Le 19 septembre, deux marches auront lieu simultanément au Québec. À Québec, on marchera sous le slogan « Parce qu’aider les hommes, ça marche ! ». L’objectif annoncé pour la deuxième édition de l’événement est de faire connaître les ressources destinées aux hommes et de normaliser le fait de demander de l’aide. À Montréal, on marchera parce que des femmes sont tuées.
Depuis janvier 2026, 17 femmes ont été assassinées, dont 14 par un conjoint ou un ex-conjoint. Cette marche vise à faire reconnaître que ces meurtres ne sont pas des drames isolés, mais bien les manifestations répétées d’un même problème social qui doit être traité comme une crise nationale.
Au premier regard, ces deux discours peuvent sembler complémentaires. Or, ils nous placent pourtant devant un choix de société crucial : expliquer les violences faites aux femmes en passant d’abord par la détresse des hommes, ou comprendre ces violences comme un rapport de domination et de contrôle.
Certes, les hommes ont besoin de ressources, mais lorsque leur souffrance devient la principale grille d’analyse des violences faites aux femmes, un glissement dangereux s’opère. On ramène un problème de société à une souffrance individuelle, faisant disparaître tous les rapports de pouvoir, les inégalités et les oppressions vécues.
Les mots sont politiques
Le phénomène est observé depuis plusieurs années au Québec : les discours masculinistes ont fait leur entrée dans nos institutions. Ils ne se limitent plus aux figures connues et provocatrices comme Andrew Tate, ni à une opposition directe au féminisme. Ils savent se rendre plus acceptables en empruntant le langage de l’inclusion, de l’égalité, de la santé, du bien-être et des marches rassembleuses.
Collectivement, notre manière de comprendre les violences s’en trouve transformée. Une fois infiltrés dans les consultations publiques ou les instances décisionnelles, les discours masculinistes influencent jusqu’aux mots employés pour définir les problèmes sociaux. Les « violences conjugales » deviennent des « chicanes de couple » ou des « drames familiaux ».
Pourtant, un homme qui surveille les déplacements de sa conjointe, contrôle son portefeuille, l’isole ou la menace n’est pas........
