Résignation tranquille
Jocelyn Létourneau est un brillant historien québécois. Ses perspectives sur notre passé se démarquent par leur originalité et son style, délicatement lyrique, est celui d’un prosateur accompli. Toutefois, je tombe souvent des nues en le lisant.
Létourneau fait moins de l’histoire à proprement parler que de la philosophie ou de la sociologie de l’histoire. Il étudie, plus précisément, la conscience historique des Québécois, c’est-à-dire la vision que ces derniers entretiennent d’eux-mêmes au regard de leur histoire. Depuis 20 ans, Létourneau affirme que cette conscience a évolué et, bien qu’il prétende s’en tenir à un rôle d’observateur, il s’en réjouit.
L’historien reprend cette thèse dans Révolution silencieuse (Boréal, 2026, 152 pages). Depuis 1995, note-t-il, les Québécois « expérimentent une transformation majeure dans la façon qu’ils ont de se représenter collectivement ». Avant, ils se percevaient comme des « survivants » ; aujourd’hui, ils se comportent en « surgissants », enfin débarrassés de leur sentiment d’inachèvement national.
En termes clairs, ça veut dire ceci : en abandonnant l’idée que le projet indépendantiste était nécessaire à leur plein épanouissement, les Québécois, selon Létourneau, se seraient décolonisés de la vision........
