L’or qui rend fou
L’argent, tous les penseurs importants l’ont dit, ne fait pas le bonheur. Il donne peut-être du pouvoir, mais ce dernier, on devrait le savoir aussi, ne rend pas heureux lui non plus. Pourtant, le désir de faire fortune tourmente l’esprit humain depuis des temps immémoriaux. Voilà une promesse qui, même si elle est toujours non tenue, n’entame pas les espérances.
Cette réflexion m’est venue en lisant Lettres du Yukon. 1898-1901 (Septentrion, 2026, 216 pages), la correspondance d’un certain Télesphore Michaud avec sa femme et ses enfants. L’ouvrage, inattendu, est passionnant.
Né en 1850, Michaud est un marchand de Saint-Gabriel-de-Brandon, mon village d’origine, dans Lanaudière. Il vend des assurances et de la machinerie agricole, en plus d’être maître de poste, détenteur de la seule ligne téléphonique du village et propriétaire de l’aqueduc. On pourrait donc le croire riche, mais il ne l’est pas. Sa fibre entrepreneuriale s’accompagne surtout de beaucoup de dettes.
En 1897, il apprend par les journaux que des aventuriers ont fait fortune en trouvant de l’or au Yukon. Comme 100 000 autres personnes du Canada, des États-Unis et d’Europe, il décide alors de se lancer dans la ruée vers l’or pour se sortir de ses difficultés financières.
De Saint-Gabriel à Dawson, il........
