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Chronique | La liberté des invisibles

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12.09.2026

Mais bien sûr que j’allais le lui rendre. Y a rien de plus chiant que perdre son téléphone. C’est les photos surtout qui font mal. Je l’ai trouvé dans une voiture en autopartage, le cellulaire. À Outremont. Je m’en suis rendu compte quand il s’est mis à sonner. D’abord, j’ai bien sûr pensé que c’était le mien qui faisait le son. Tu sais, ce qui vient avec la vie moderne, un tas de biding badang blip blip. La machine à laver se croit à l’OSM juste parce qu’elle finit ta brassée. On n’en a pas assez, du narcissisme ambiant, faut aussi subir celui des machines.

J’ai donc porté mon téléphone à l’oreille pour comprendre d’où venait le son. Mais non, ça n’était pas mon bébé qui pleurait, mais bien celui de quelqu’un d’autre ! Un drôle de téléphone, épais, à clapet. Un truc sorti de 2004, environ. Mais en l’ouvrant, vu dans quel quartier je l’avais trouvé, j’ai rapidement compris qu’il appartenait à un monsieur hassidique. Bon, je ne veux pas me prendre pour Sherlock Holmes, le yiddish aidait aussi à la conclusion.

J’ai grandi une bonne partie de ma vie à Outremont, la communauté hassidique, je l’ai beaucoup côtoyée. Enfin, je l’ai beaucoup croisée. Avec tout le mystère qui l’entoure. Je me souviens, petite, avoir observé des enfants qui n’étaient pas habillés comme nous et qui semblaient ne jamais jouer avec les enfants comme moi. À moins d’être élevés dans la haine des autres, les enfants viennent au monde curieux et tolérants. Mais........

© Le Devoir