Chronique | Au pays des licornes
Je crois que c’est durant le dernier débat que j’ai cligné des yeux. Cou’donc ? Est-ce que je viens d’être catapultée dans les années 1980 ? La santé, l’indépendance du Québec pis l’argent dans nos poches ? Où est caché le ventriloque qui souffle les mots lénifiants « mur budgétaire », « progresser », « le Québec », « travailler pour la prospérité et non pour l’austérité », « le Québec », « rehaussement de la productivité », « subventions », « environnement concurrentiel », « le Québec » ?
On dirait des vendeurs de thermopompes qui vous causent financement gratuit, subventions gouvernementales, soumission et rendement énergétique. De toute beauté. On te vend une thermopompe québécoise… fabriquée en Chine.
Oui, je pense que nous avons les politiciens que nous méritons et il y a une raison pour laquelle personne n’a parlé d’environnement dans cette campagne électorale et ce débat : nous. Nous et notre passivité, nous et notre petit confort, nous au pays des licornes avec des chauffe-terrasses qui dormons au gaz.
« Les citoyens ont en commun le désir que la politique leur promette de grands changements. Mais dans les faits, ils sont attachés à une routine qui les rassure, au prix d’un rétrécissement de leur champ de conscience dans lequel ils se stabilisent. Le nez sur leurs intérêts, que les puissants s’attardent à leur conserver petits, ils en perdent l’échelle des problèmes, leur relativité, et se sanglent d’autant plus de certitudes qu’ils sont incapables de questionner raisonnablement leur condition », ai-je lu dans le roman corrosif Submersion.
« Mais leur état normal est celui de la docilité. La preuve en est donnée quand on réalise qu’ils ont accepté, au cours des toutes dernières décennies, de réduire leur vision du monde à un écran, par lequel tout passe aujourd’hui. » Marc Dugain, « Submersion »
« Mais leur état normal est celui de la docilité. La preuve en est donnée quand on réalise qu’ils ont accepté, au cours des toutes dernières décennies, de réduire leur vision du monde à un écran, par lequel tout passe aujourd’hui. »
L’écrivain Marc Dugain y fait parler un président complètement désabusé de la République française. De son côté, et naviguant dans les mêmes eaux lucides, Giuliano da Empoli (Les ingénieurs du chaos, L’heure des prédateurs) soulignait en entrevue, au sujet de son dernier livre, que les politiciens et les financiers appartiennent au vieux monde. Ils savent que rien n’est payant pour eux dans la réalité des multiples crises qui nous plombent — comme la crise environnementale et celle de l’IA, pour ne nommer que celles-là — et continuent à nous parler de « nous » en termes nationalistes et identitaires.
Nos politiciens en appel d’offres carburent encore au pétro-progrès, à l’épuisement des ressources, au harnachement du territoire à l’heure d’une demande croissante en........
