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Pourquoi le hockey compte-t-il encore?

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26.04.2026

Au temps des séries, quelque chose recommence ici dans la vie commune, avec la régularité des saisons, tel un phénomène quasi naturel. On se rassemble autour d’un rituel dont la signification s’est brouillée avec le temps, mais qui continue de nous toucher. Le hockey possède cette force singulière de survivre à la disparition de plusieurs des réalités qui jadis lui donnaient sens.

Il suffit que les Canadiens se qualifient pour les éliminatoires pour que reviennent les mêmes réflexes. On parle aux inconnus dans la rue dès lors qu’il est question de hockey. On scrute les alignements. On s’énerve après un avantage numérique raté ou à la suite d’un beau tir dévié de justesse. Pendant quelques semaines, la conversation collective trouve un point de gravité commun. Ce n’est pas rien dans une société où la division prospère, nourrie par une vie politique plus portée à exciter les passions qu’à servir l’intérêt commun.

C’est peut-être pour cela que je repense souvent, à pareille période de l’année, à l’un des textes les plus célèbres d’André Laurendeau, écrit lorsque Maurice Richard fut écarté des séries. En 1955, Laurendeau est rédacteur en chef du Devoir. Homme de culture et d’inquiétude, attentif aux secousses de son époque, il comprend d’instinct qu’au moment de la suspension de Maurice Richard gronde davantage qu’une simple colère de supporteurs.

Lors de l’émeute du Forum, déclenchée par cette suspension, Laurendeau y voit la reprise d’un vieux récit national condamné à se rejouer, porté par la mémoire d’anciennes blessures. Pour lui, Richard n’est pas seulement un joueur puni. Il devient, gonflé par le vent des circonstances, le symbole renouvelé d’une vieille........

© Le Devoir