Chronique | Les ébranlés
Chaque année, à Montréal comme à Québec, de discrètes cérémonies ont lieu pour rendre hommage à des centaines de morts dont les dépouilles n’ont été réclamées par personne. Quel genre de vie a été la vôtre lorsqu’à son terme personne ne s’intéresse ne serait-ce qu’à votre dépouille ?
Il y a quelques jours, une de ces cérémonies se déroulait près de l’UQAM, à la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, un bâtiment aux allures de meringue qui date du temps où, pour tout sujet, la religion tenait lieu de solution. Au sous-sol de cette chapelle, les éreintés du quartier ont longtemps prié devant une reproduction en plâtre et en papier mâché du rocher de la grotte de Lourdes, là où serait apparue la Vierge. Dans ce quartier déshérité, on venait donc prier devant cette simili grotte, dans l’espérance que la vie serait un jour meilleure. Cela apparaît aujourd’hui presque aussi décalé que ces fausses banquises en styromousse du Biodôme qui servent de décor à la vie échouée de manchots en captivité. Il est vrai que, devant la vie, nous sommes tous un peu manchots.
Comment s’étonner que, pendant si longtemps, les croyants se soient passionnés pour l’enfer ? L’enfer, n’est-ce pas le simple reflet de leur vie sur terre ? Comment échapper à l’enfer du quotidien ? Comment se loger, se nourrir, se soigner ? Comment gagner assez pour échapper à la fatalité ?
Pour les riches, de tout temps, les questions ont plutôt concerné la vie éternelle. Comment se maintenir dans le paradis de sa propre........
