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Chronique|Écrasés par le même train Jean-François Nadeau

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25.05.2026

Bien au fait du pouvoir du langage et des symboles, le maoïsme avait cru urgent de simplifier le chinois, jusqu’à zigouiller ceux qui étaient suspectés de trop compliquer la réalité avec leurs mots. Le stalinisme fit de même. Dans toutes les tyrannies, le langage finit par être plié comme un origami.

Mussolini avait imposé tout un lexique de mots afin de rendre la réalité plus conforme à ses vues. Le dictateur italien était allé jusqu’à imposer, dans l’intimité des conversations, une distance verbale conforme à un ordre masculin. Sous son règne, même le hockey fut rebaptisé disco su ghiaccio, disque sur glace. Les pires lubies ultranationalistes faisaient leur chemin, dissimulées derrière le voile d’efficacité dont s’enveloppait le régime. Pendant des années, l’Occident s’est tout de même retrouvé à applaudir le fait que Mussolini fasse arriver les trains à l’heure. Qu’importe alors que tout le reste soit en retard ?

Donald Trump modifie à sa guise le nom des lieux et se joue des mots. Il contrôle ce qui est dit dans les musées. La liberté d’expression, chez lui, n’est brandie que pour défendre des calomnies. Quand un pouvoir parvient à imposer son lexique de la sorte au point de tout faire reculer, n’a-t-il pas un peu gagné ?

En fait, non seulement chaque régime impose ses lois, ses institutions et sa police, mais il transforme le réel par sa façon d’en parler. À force d’être répétés, certains mots se superposent à la réalité. Ce qui conduit, petit à petit, à de nouvelles façons de penser. Le véritable triomphe d’un pouvoir survient le jour où tout........

© Le Devoir