Un adversaire formidable
Au sommet de la diplomatie canadienne, l’homme avait à gérer des crises avec les Américains, les Soviétiques, les Chinois. Il était rompu aux batailles d’influence entre mandarins. Mais personne, jamais, ne lui avait causé autant de soucis que Claude Morin.
Pour Marcel Cadieux, sous-ministre des Affaires étrangères à Ottawa pendant les années 1960, « Morin est un bonhomme astucieux, tenace et retors. Il est un adversaire formidable ». En plus, il semble inamovible. Déjà présent aux côtés de Jean Lesage en 1961 pour diriger les « affaires intergouvernementales », donc à la fois canadiennes et internationales, il est repêché par Daniel Johnson en 1966, par Jean-Jacques Bertrand en 1968 et par Robert Bourassa en 1970.
Dans un document de trois pages marqué « SECRET » et écrit en 1972 pour ses archives personnelles, Cadieux fait le bilan de la guérilla qu’il a menée avec Morin pendant une décennie. L’occasion : Morin vient d’annoncer qu’il se joint au Parti québécois (PQ).
« Je ne suis pas surpris, écrit Cadieux. À mon avis, Morin ne s’est pas converti au séparatisme. Il était anti-fédéraliste depuis longtemps. Et je suis convaincu que, dès 1963, il favorisait la sécession du Québec. »
Tous les indices sont là, et Cadieux, mieux que d’autres, avait su les décoder. « Maintenant qu’il s’est déclaré, il est bien facile de voir que les diverses initiatives de Morin visaient à préparer le départ du Québec. L’emploi du vocable “État”. Les contacts directs avec les gouvernements étrangers ou leurs représentants au Canada. Les complots avec la France au sujet de l’accueil des ministres du Québec, au sujet des accords, des réunions........
