Le prix humain des générations qu’on exclut
Il y a quelque chose de trompeur dans les débats sur le vocabulaire : « immigrant de deuxième génération », « Québécois de souche », « Français de papier ». On en parle souvent comme d’un débat de mots, sans grande conséquence, presque innocent. Ce n’est pas le cas. Derrière les mots se cache une question beaucoup plus fondamentale : qui a le droit de se sentir pleinement chez soi ? Et les conséquences d’une mauvaise réponse, elles, n’ont rien d’abstrait.
La lecture de « L’absurde mathématique des générations », chronique d’Emilie Nicolas dans Le Devoir, m’a particulièrement marquée, parce que j’écris avec un pied dans deux histoires à la fois. Née en France de parents maghrébins, j’ai grandi de l’autre côté de cette frontière invisible qui sépare les enfants « d’ici » des enfants « d’ici, mais ». Aujourd’hui, je vis au Québec comme immigrante de première génération. Cette fois, je suis de ceux que l’on scrute directement, que l’on compte, dont on mesure l’intégration et dont on suit de près les statistiques.
Ces deux expériences se répondent. Mais c’est de la première que je veux surtout parler ici, parce qu’elle m’a appris jusqu’où peut mener un vocabulaire qui, progressivement, transforme une origine familiale en appartenance conditionnelle.
Ce que j’ai vu en France
En France, le débat sur les « jeunes issus de l’immigration » n’est jamais resté, à mes yeux, un débat de vocabulaire. Il a contribué à produire, au fil des décennies, une génération d’enfants nés français, éduqués en français, n’ayant parfois connu aucun autre pays que la France, qui grandissent avec la........
