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Le retour du PEQ ne suffirait pas

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12.03.2026

La mise en place d’une clause de droits acquis pour le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) ne réglerait pas le problème de main-d’œuvre des entreprises au Québec. Sans mesure équivalente du côté fédéral pour le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), la crise actuelle va persister.

Certes, le cri du cœur du milieu des affaires et de la société civile a forcé les décideurs à revoir leur position et à rouvrir le dialogue sur l’immigration économique, mais pour les travailleurs étrangers temporaires, rien n’est réglé.

Nous saluons l’ouverture du gouvernement québécois à ajuster son approche. Toutefois, l’attention portée au PEQ et à ses impacts dans des secteurs comme la santé, les services de garde ou la construction demeure incomplète. Les travailleurs étrangers temporaires des secteurs manufacturier, industriel et du transport doivent aussi être considérés : ce sont eux qui font fonctionner nos usines et nos chaînes logistiques partout au Québec.

Plusieurs sont déjà en poste dans des emplois en pénurie critique pour lesquels il est extrêmement difficile de recruter localement. Pourtant, ils ignorent s’ils pourront continuer à travailler ici. La durée des permis est raccourcie, certains renouvellements sont refusés et des départs forcés ont déjà eu lieu.

Les conséquences sont concrètes. Lorsqu’un soudeur ou un machiniste part, la production ralentit, des contrats sont compromis et des investissements sont reportés. À terme, des emplois disparaissent. Certaines entreprises prévoient de déplacer une partie de leurs activités vers des endroits où la prévisibilité est plus grande.

Même si une clause de droits acquis était appliquée au PEQ, bon nombre de ces travailleurs n’y seraient pas admissibles immédiatement. La même réalité s’applique au Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). Ces employés essentiels dépendent d’Ottawa pour prolonger leur statut, le temps d’atteindre les critères requis par Québec.

À défaut d’une solution, ils devront quitter le pays ou perdre leur statut. Aucune de ces options n’est souhaitable, ni pour ces travailleurs et leurs familles installés ici ni pour les entreprises qui les embauchent, dont la production et la croissance en dépendent.

Le choix du gouvernement fédéral de réduire à 5 % la proportion de travailleurs étrangers temporaires et celui du Québec de déployer le PSTQ, sans arrimage clair entre les deux, créent une instabilité majeure. Le fédéral a resserré les règles du PTET sans coordination avec Québec, pendant que ce dernier met en place son nouveau programme sans garantie quant au maintien du statut des travailleurs déjà présents. Cette absence d’harmonisation fragilise des milliers d’entreprises.

Nous demandons donc à Québec et à Ottawa d’instaurer une clause de droits acquis pour les travailleurs étrangers temporaires déjà établis et occupant des postes essentiels, particulièrement dans les secteurs manufacturier, industriel et du transport. Les deux ordres de gouvernement doivent travailler ensemble afin d’assurer la prévisibilité et la cohérence nécessaires à la survie de nos entreprises.

Le retour du PEQ aiderait. Mais sans action coordonnée sur le PTET, il ne suffirait pas.

La liste complète des signataires est ici.

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