Les deux temps de la petite nation
Le Québec change. Il doit se protéger davantage contre un voisin de plus en plus menaçant. L’ouverture des frontières a engendré une immigration plus diversifiée, plus nombreuse aussi, les influences culturelles viennent désormais de partout, de puissants ressorts opérant à l’échelle planétaire agissent de diverses façons sur notre économie, les interactions se sont multipliées à tous les niveaux.
En conséquence, la langue intègre de nouveaux mots, de nouveaux accents. Sont apparus aussi de nouveaux cultes, de nouvelles sensibilités, de nouveaux genres de vie. Parallèlement, nous avons effectué sur nous-mêmes des changements importants qui nous ont amenés aux avant-postes de la modernité.
Mais trouve-t-on, sous-jacente à toutes ces péripéties, une trame culturelle durable, un moteur qui aurait activé ce que nous pourrions appeler un parcours, une direction à partir de laquelle nous aurions façonné notre avenir ? Je parle ici d’un principe structurant qui façonne le devenir d’une nation, capable d’enjamber les siècles, qui se redéfinit, s’adapte au besoin mais maintient le cap dans la longue durée.
Nous connaissons des sociétés qui ont construit leur destin de cette façon. L’Angleterre en est une, fondée depuis longtemps sur le droit (la Magna carta, 1215) et sur l’individualisme. La France en est une autre avec ses trois grands principes hérités de sa Révolution. On peut en dire autant des États-Unis.
Ici, on a affaire à un mégamythe, si l’on peut dire, une sorte de nébuleuse au sein de laquelle s’est constituée une constellation de mythes : la........
