J’aurais don’ dû
Faute d’avoir réalisé la réforme électorale dont le Québec a besoin, voilà peut-être ce que François Legault se dira au lendemain de la prochaine élection, en laissant à la personne qui lui aura succédé un parti (vraisemblablement) sans aucun député. Le Québec était pourtant, il n’y a pas si longtemps, prêt à adopter la proportionnelle mixte avec compensation régionale. Il s’agit d’un système qui fonctionne très bien au Parlement écossais avec 73 députés élus au scrutin uninominal à un tour et 58 élus à la proportionnelle dans huit régions. M. Legault avait balayé ce projet du revers de la main en disant que ce n’était pas un sujet qui déclenchait des batailles dans les autobus. Évidemment, la mécanique d’un système électoral est quelque chose de complexe qui doit être discuté avec calme et rigueur, mais c’est néanmoins essentiel au fonctionnement d’une démocratie. Le discours du premier ministre était carrément méprisant (sans oublier d’ailleurs que les Québécois ne sont pas du genre à se battre dans les autobus pour quelque enjeu que ce soit !). Il y a sans doute des pays où le hasard de la répartition géographique des opinions fait en sorte que le système uninominal à un tour produise un Parlement qui corresponde à peu près fidèlement à l’état de l’opinion. Ce n’est manifestement plus le cas au Québec depuis plusieurs années. En 2022, la Coalition avenir Québec a obtenu 75 % des sièges avec seulement 41 % des voix. Peu importe ce qu’on pense de sa philosophie et de son bilan, la CAQ risque de se retrouver à l’automne prochain sans aucun député, mais tout de même avec 15 % des voix qui mériteraient encore de se faire entendre. La même chose vaut pour les souverainistes, terriblement sous-représentés avec seulement deux députés pendant les « années noires » du PQ. Par contre, les conservateurs d’Éric Duhaime auront peut-être une représentation qui reflète leur importance réelle simplement parce que leurs appuis ont la chance d’être concentrés dans la région de Québec et de Chaudière-Appalaches.
Actuellement, le système uninominal à un tour ne fait rien pour encourager la participation électorale : pourquoi aller voter quand on sait que notre vote, en fin de compte, ne compte pas et ne sert à rien ? C’est le cas, par exemple, d’un péquiste à Westmount ou d’un libéral à Chicoutimi.
Ne serait-il pas réjouissant si les partis, les grands comme les petits, avaient l’intelligence et le courage politique de remettre à l’ordre du jour la réforme de notre système électoral ?
