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Thélyson Orélien enquête sur la douleur humaine

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23.09.2026

Cela fait un moment que j’observe avec plaisir l’ascension de Thélyson Orélien, me tenant loin pour le laisser seul dans sa chevauchée vers la gloire. Et voyant que le pur-sang semble vouloir l’éjecter, j’ai cru qu’il était temps de rendre compte de ma lecture de son ouvrage. Je me suis alors glissé sous les draps pour lire, en toute liberté, le livre qu’il nous a proposé : C’était ça ou mourir.

Pour résumer le livre de Thélyson Orélien, je vois un homme sur lequel on a vidé un gallon de gazoline, et auquel on a mis le feu, tout en lui hurlant qu’il y a une rivière à deux kilomètres d’ici qu’il doit atteindre s’il ne veut pas brûler vif. Donc chaque seconde compte, et même Usain Bolt n’aurait eu aucune chance. Sauf que la rivière est, avec les zigzags, à 12 000 kilomètres et qu’on n’est pas sûr qu’elle ne soit pas à sec.

Ce sujet incroyable était là depuis des années et les vieux écrivains, moi compris, n’ont pas bougé jusqu’à ce qu’un jeune homme le ramasse et file avec jusqu’au fil d’arrivée. C’était le seul vrai thème mondial, en plus d’être celui qui touche au corps, à la douleur, et sème le long de son long parcours un chapelet d’injustices. Un cri interminable qui serpente l’Amérique du Sud au Nord. Tchekhov avait fait pareil, en 1890, en traversant à 30 ans la vaste Russie pour aller enquêter sur l’île de Sakhaline, le plus grand bagne de Sibérie. Bon, Orélien n’est pas Tchekhov, et ce n’est dit nulle part qu’il ait fait la route, mais il possède cet instinct sûr pour la douleur humaine et un bon sujet de roman.

Ce livre, qui ne cite que des écrivains haïtiens, Jacques Stephen Alexis et René Depestre, fait penser plutôt au Voyage au bout de la nuit de Céline, au moins pour le « ça » du titre (C’était ça ou mourir) qui se trouve dans l’incipit du roman de Céline (« Ça a débuté comme ça »), et à la candeur du Candide de Voltaire qui finit par triompher de tous les malheurs. Cette façon de cacher ses lectures montre que l’auteur est plus malin que son narrateur.

On ne doit pas oublier qu’il s’agit d’un jeune écrivain encore inexpérimenté sur certains aspects (il fait mieux sentir l’espace que le temps), mais dont l’ambition démesurée fait penser, cette fois, à son cher mentor, Jacques Stephen Alexis. Pourtant, si Hilarion Hilarius, le personnage principal de Compère général Soleil, est pris dans un projet collectif ourdi par un écrivain communiste, fondateur du PEP (Parti d’entente populaire), Jacques Stephen Alexis lui-même, Jonas Dorléon, lui, tente une fuite individuelle, et pour justifier ce départ annonce l’apocalypse, sauf qu’il y a encore 12 millions d’Haïtiens qui, eux, sont restés dans le pays. Rien de commun entre ces deux projets d’écriture, à part le fait qu’Alexis et Orélien soient nés en Haïti.

On doit dire qu’il est difficile de prendre la mesure d’un........

© Le Devoir