L’été, c’est fait pour penser|Qui tient la banderole et que nous dit-elle de notre monde ? Chedly Belkhodja
Le Devoir vous invite sur les chemins de traverse de la vie universitaire. Une proposition à la fois savante et intime, à cueillir tout l’été comme une carte postale. Aujourd’hui, on revient sur ce « Québec blanc » qui a choqué les Québécois.
Le 30 mai dernier, l’apparition d’un groupe de jeunes hommes cagoulés dans un parc de Shawinigan, arborant une grande banderole sur laquelle on pouvait lire « Je me souviens d’un Québec blanc », a suscité consternation et stupéfaction. La classe politique québécoise a vivement dénoncé cette forme d’expression, la considérant comme extrémiste et raciste. Celle-ci ne serait pas le reflet de la réalité québécoise d’aujourd’hui : une société qui proclame son ouverture et sa tolérance, qui reconnaît la diversité et l’apport de l’immigration à la vitalité démographique du Québec.
Le 1er juin, la Ville de Shawinigan condamnait la manifestation à caractère raciste qui s’était tenue sur son territoire au cours de la fin de semaine. Cette réaction rapide illustre bien une tendance lourde observée depuis quelques décennies au Québec : l’immigration est devenue une réalité de plus en plus visible dans l’ensemble du territoire. Shawinigan constitue un bon exemple d’une ville ayant effectué le passage d’une économie industrielle et ouvrière à une ville qui se veut innovante, dynamique et diversifiée grâce à la présence de personnes immigrantes. Sur le site de la municipalité, on peut lire : « En 2025 seulement, plus de 650 personnes ont été accueillies, représentant 48 nationalités, et plus de 1250 participations à des activités d’intégration ont été enregistrées. »
Il ne faut pas se le cacher. Ce désir de défendre un « Québec blanc » témoigne de la crainte qu’éprouvent certaines personnes à l’égard d’une immigration extraoccidentale, notamment celle provenant des pays musulmans d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne, une population francophone que le Québec cible ouvertement dans sa stratégie d’immigration. Le problème est qu’au-delà du critère de l’intégration linguistique, cette immigration affiche davantage sa différence, sa culture et sa........
