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La positivité toxique

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23.09.2025

En 1945, Gabrielle Roy publiait le livre Bonheur d’occasion, tableau poignant du quartier ouvrier de Saint-Henri des années 1940. Elle y montrait comment la pauvreté et les inégalités rendaient le bonheur toujours précaire, fragile, provisoire. Un bonheur « d’occasion », arraché au quotidien, mais vite compromis par la dureté de la vie.

Aujourd’hui, le bonheur occupe toujours une place centrale, mais il a changé de sens. Depuis vingt ans, la psychologie positive s’est imposée comme une doctrine : chacun est responsable de son bien-être et, s’il échoue, il est coupable de sa propre souffrance. Le bonheur devient une obligation morale, l’optimisme une compétence, la résilience une norme. Cette psychologie néolibérale fait reposer la responsabilité du bien-être sur l’individu. Les causes structurelles — surcharge de travail, horaires impossibles, gestion autoritaire, harcèlements — disparaissent au profit d’un discours centré sur la volonté personnelle. Celui qui craque est sommé de méditer ou de « penser positif », au lieu de remettre en question des conditions de........

© Le Devoir