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Le Québec a déjà joué dans le mauvais film des gaz de schiste

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20.03.2026

Ainsi, la candidate à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ) Christine Fréchette souhaite procéder à de nouvelles consultations sur la pertinence de ressusciter l’industrie des gaz de schiste au Québec. On pourrait sourire devant ce ballon d’essai de la part de la candidate d’une formation politique en voie d’être effacée de la carte. Mais les récentes déclarations de Mme Fréchette révèlent malheureusement une amnésie choquante et un profond manque de respect envers la volonté clairement exprimée des Québécois au cours des 15 dernières années.

Cette errance politique est de surcroît en pleine contradiction avec la loi québécoise interdisant l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures. Mais où donc était Christine Fréchette pendant tout ce temps ?

À titre de principaux initiateurs du mouvement d’opposition aux dérapages de l’industrie et des promoteurs des gaz de schiste des années 2008-2010, l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique et moi-même voudrions rappeler à Mme Fréchette que le Québec est le pays des énergies propres et renouvelables.

L’ancienne ministre semble avoir la mémoire courte. Ne se souvient-elle pas de l’invasion sauvage de propriétés privées et de l’accélération des forages à cette époque, alors que même le gouvernement du Québec n’avait aucune connaissance de la filière du gaz de schiste ni des effets désastreux de la fracturation hydraulique sur l’environnement ? Ne se souvient-elle pas du mépris, des mensonges et de l’opacité de l’industrie, qui nous promettait mer et monde et jurait que les liquides de fracturation ne contenaient aucun produit toxique ?

Où était Mme Fréchette lors des manifestations massives dans la vallée du Saint-Laurent et de la création de centaines de comités de citoyens qui ont forcé le gouvernement à fermer la porte définitivement à cette filière ?

La candidate de la CAQ a-t-elle seulement parcouru le rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, qui concluait en 2014 que l’exploitation de cette ressource n’était pas avantageuse pour le Québec et que les bénéfices économiques potentiels ne valaient pas le coup au vu des risques environnementaux majeurs, sans compter un manque évident d’acceptabilité sociale ?

Bref, c’est en toute connaissance de cause que le gouvernement du Québec a été l’un des premiers au monde à interdire l’exploration et l’exploitation de toutes formes d’hydrocarbures en 2022. Mme Fréchette était-elle solidaire du gouvernement caquiste et de cette décision historique lorsqu’elle a été nommée ministre quelques mois plus tard ?

Alors, que signifie cette volte-face ? La candidate à la chefferie de la CAQ vient-elle tout à coup de succomber aux sirènes des énergies fossiles ? Veut-elle s’attirer les louanges (et les contributions politiques) des lobbies pétroliers et gaziers ?

Dans tous les cas, elle fait fausse route : fausse route devant la crise climatique, devant notre indépendance énergétique, fausse route en matière d’économie soutenable et responsable, fausse route pour l’avenir du Québec.

Quelles que soient ses raisons, il reste que la candidate à la direction de la CAQ, qui deviendra vraisemblablement première ministre du Québec pour quelques mois, aurait bien besoin en ce moment d’une boussole ou d’un précis d’histoire. Chose certaine, elle fera face à une nouvelle mobilisation générale des Québécois.

Car qui oublie l’histoire est condamné à la revivre.

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