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Du sacré au solidaire

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Serge Geoffrion suggère de donner une deuxième vie aux bâtiments religieux en instaurant des partenariats entre les paroisses et les organismes communautaires.

Partout au Québec, les clochers des paroisses pointent toujours vers le ciel et sont des repères qui témoignent de l’époque durant laquelle la religion et ses églises structuraient la vie sociale, culturelle et communautaire. Aujourd’hui, derrière les façades des églises et des presbytères, une réalité malheureuse s’impose : la vacance.

Des centaines de bâtiments religieux sont sous-utilisés ou inoccupés. Ils sont avantageusement situés au cœur des milieux de vie, entourés d’arbres matures, alliés dans la lutte contre les îlots de chaleur. La plupart du temps, ils possèdent une belle qualité architecturale, mais ils sont nombreux à souffrir, faute de moyens, d’un manque d’entretien.

Besoins d’espaces communautaires

Pendant ce temps, les besoins sociaux explosent : l’insécurité alimentaire progresse ; l’isolement des aînés s’accentue ; et les besoins en accompagnement psychosocial augmentent.

Le paradoxe est frappant : les besoins sont là, les bâtiments aussi. Ce qui manque, c’est la capacité de faire le pont entre les deux.

À Montréal-Nord, le presbytère de l’église Sainte-Gertrude illustre parfaitement cette opportunité. Implanté au cœur du quartier, ce bâtiment possède l’espace, la structure et le potentiel nécessaires pour devenir le lieu de services communautaires.

Un projet structurant

À Sainte-Gertrude, une nouvelle étape s’amorce. Les discussions sont engagées et les partenaires se mobilisent. Les premières démarches de structuration sont en cours. On est en voie de transformer un bâtiment à vocation religieuse en infrastructure sociale durable.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Le presbytère Sainte-Gertrude, à Montréal-Nord

Le presbytère pourrait accueillir un pôle alimentaire ou une cuisine collective, une épicerie collective, un centre pour aînés, des services d’accompagnement communautaire, des activités intergénérationnelles et même un espace vert nourricier. Ce serait plus qu’une transformation : ça contribuerait à réactiver le cœur de quartier.

Les fabriques des paroisses détiennent un patrimoine considérable, mais rarement les ressources humaines et financières pour en assurer la valorisation ou la mise à niveau.

Pour leur part, les organismes communautaires, à la recherche d’espaces pour remplir leur mission, n’ont pas toujours l’expertise immobilière ni la capacité financière pour transformer des immeubles.

En revanche, les municipalités possèdent des leviers d’aménagement et de soutien. Les fondations privées disposent de capacités d’investissement. Mais souvent, chacun agit en silo.

Pour éviter la vente rapide ou la démolition des bâtiments religieux, il faut instaurer des partenariats qui mettront en commun les expertises, mutualiser les financements, élaborer des montages hybrides et mettre en place une gouvernance partagée.

La rupture avec notre passé religieux peut ouvrir la voie à une transition. Cela offrira une deuxième vie aux bâtiments religieux qui sera sociale, inclusive et territoriale. Collectivement, nous devons faire le choix entre laisser les bâtiments religieux se dégrader ou leur donner une autre mission.

Du sacré au solidaire, Montréal-Nord pourrait nous montrer la voie.


© La Presse