Un cyclope bien silencieux
Le professeur de philosophie Nicolas Comtois propose un retour sur le film L’Odyssée, de Christopher Nolan.
Il serait inutile d’offrir, plusieurs semaines après sa sortie, une nouvelle critique de L’Odyssée de Christopher Nolan. J’aimerais néanmoins souligner un enjeu que soulève le film lorsque les textes anciens nous sont assez familiers. L’un des motifs les plus récurrents de la culture grecque est l’importance qu’elle accorde à l’art du discours, c’est-à-dire aux moyens d’exercer une influence sur autrui (séduire, surprendre, émouvoir, convaincre) par un usage éclairé de la parole.
Or le choix de Nolan semble avoir été de privilégier l’action au détriment du discours. Les personnages de son Odyssée sont parfois réduits au silence, quand un épisode entier n’est pas oblitéré pour accélérer la marche des évènements.
Le film suit souvent le texte homérique d’assez près. C’est le cas notamment lors de l’épisode du cyclope : Ulysse et ses hommes, après y avoir suivi son troupeau, restent prisonniers de la caverne où habite le cyclope et ils sont dévorés un par un jusqu’à ce qu’ils crèvent son œil unique à l’aide d’un pieu et s’enfuient cachés parmi les moutons. Mais la ruse d’Ulysse, que le film met souvent en avant, ne se........
