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Le statu quo en mobilité coûte 1500 $ par an à chaque Montréalais

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16.04.2026

Alors que se tient le Sommet Climat Montréal, une coalition d’acteurs des milieux économiques, environnementaux et de la santé publique presse le gouvernement du Québec de donner suite à sa Politique de mobilité durable 2030 et de sécuriser les fonds fédéraux pour le transport collectif, alors que la congestion routière coûte déjà près de 10 milliards de dollars par année à la métropole.

Dans un contexte économique difficile, les grandes métropoles du monde rivalisent pour renforcer leur attractivité et leur compétitivité, mobilité et prospérité vont plus que jamais de pair. Avec un coût de congestion routière ⁠1 qui équivaut annuellement à près de 1500 $ par personne, le Grand Montréal sacrifiera d’ici quelques années 10 milliards de dollars par année en temps perdu pour les automobilistes, les camionneurs, les services d’urgence et les autobus. Maintenir le statu quo en mobilité, c’est perdre du terrain face aux autres grandes villes d’Amérique du Nord et d’Europe.

Le milieu des affaires, la santé publique et les groupes environnementaux s’entendent sur un point depuis longtemps : la mobilité durable est essentielle. Alors que se tient une nouvelle édition du Sommet Climat Montréal, nous lançons un appel clair au gouvernement du Québec : il doit donner suite à la Politique de mobilité durable 2030 et conclure une entente avec Ottawa pour sécuriser les fonds fédéraux destinés au transport collectif.

Une question d’efficacité

Pour Montréal, c’est d’abord et avant tout une question d’efficacité : l’espace est limité, on doit donc déplacer les personnes et les marchandises le plus efficacement possible à l’aide d’un système de transport collectif performant. Prévisibilité et cohérence sont les conditions minimales pour protéger la compétitivité économique de la métropole.

Afin de défendre l’attractivité et la compétitivité économique de la métropole, tous les paliers du gouvernement doivent travailler ensemble, notamment en sécurisant les fonds fédéraux2 pour le transport collectif. Le Québec doit obtenir sa juste part alors que les autres provinces multiplient les projets.

Des investissements sont nécessaires dès maintenant pour assurer le bon fonctionnement du métro, dont la dégradation a un impact direct sur les services, et pour déployer le transport collectif structurant qu’attendent de nombreux secteurs du Grand Montréal.

L’engagement de nombreux employeurs3 envers la mobilité durable en témoigne concrètement. Alors que les milieux sociaux et économiques se mobilisent à nouveau pour une nouvelle édition du Sommet, les besoins restent criants et le leadership politique se fait toujours attendre.

Avec la croissance exponentielle des livraisons et du trafic lourd, la mobilité pourrait se détériorer rapidement. Ce sont déjà un million de colis qui sont livrés par jour. Le « dernier kilomètre » est la portion la plus émettrice de gaz à effet de serre4 de la chaîne logistique, pouvant atteindre jusqu’à la moitié des émissions de livraison. Toutefois, cette portion est tout à fait propice à la transition vers le zéro émission, ouvrant ainsi la voie à des actions concrètes de réduction des émissions.

Le transport des marchandises est un enjeu complexe qui exige une action concertée. Des infrastructures mutualisées et des pôles logistiques efficaces permettront d’optimiser les modes de transport selon les besoins. Montréal, qui a bâti sa prospérité sur sa position stratégique entre rail et fleuve, ne peut laisser son avenir se résumer à la congestion routière et aux infrastructures défaillantes.

Les infrastructures ne peuvent plus attendre

La majorité du trafic est causé par les véhicules privés, notamment ceux des périphéries, où le transport collectif n’est pas suffisamment fréquent ou fiable pour être une alternative attrayante. Si l’ouverture complète du REM et le prolongement de la ligne bleue viendront soulager de nombreux ménages, aucune bonification n’est prévue pour le reste du Grand Montréal. Pire encore, le financement insuffisant du maintien d’actif menace actuellement les services du métro de Montréal, dont 46 % des actifs sont en mauvais état, malgré ses quelque 800 000 déplacements par jour. Sa dégradation affecte sa fiabilité et son attractivité, ce qui signifie plus de congestion automobile. Il est urgent de rectifier le tir.

Pour atteindre nos objectifs, comme ceux de porter à 50 % les déplacements effectués en modes durables, de renouer avec l’abordabilité en habitation grâce à une densification des secteurs stratégiques, ou encore la vision zéro5 décès ou accident grave, la mobilité durable doit être une priorité.

On réduira alors nos émissions polluantes tout en soutenant l’économie d’ici et en contribuant au bien-être de la population. Rappelons également le rôle incontournable de la mobilité durable dans la prévention en santé et la réduction des inégalités sociales.

Ces objectifs sont des indicateurs concrets de la santé du Grand Montréal. Or, une épreuve majeure approche avec la réfection de l’autoroute métropolitaine, qui risque d’entraver l’accès à l’île de Montréal en l’absence d’alternatives. Un leadership fort sera essentiel pour en atténuer les impacts sur la population et les employeurs.

Nous sommes prêts à agir. Le gouvernement du Québec doit maintenant répondre présent. Il doit offrir prévisibilité et assurer la cohérence de la mobilité, démontrer son leadership en donnant suite à la Politique de mobilité durable 2030, pour protéger la compétitivité économique de sa métropole.

*Cosignataires : Marine Thomas, directrice générale, Partenariat Climat Montréal ; Alexis Laprés-Paradis, PDG, Propulsion Québec ; Stéphanie Trudeau, vice-présidente exécutive, Québec, Énergir ; Karl W. Sasseville, directeur général, stratégie et affaires publiques, Bureau du président, BMO Québec ; Marie-Krystine Longpré, DG par intérim, Jeune Chambre de commerce de Montréal ; Fabien-Kenzo Sato, directeur général, Conseil régional de l’environnement de Montréal ; Daniel Charron, vice-président, engagement, durabilité et affaires publiques, Fondaction ; Karel Mayrand, PDG, Fondation familiale Trottier ; Christophe Aura, PDG, COPTICOM, stratégies et relations publiques ; Graham Carr, recteur et vice-chancelier, Université Concordia ; Vincent Moreau, directeur général, Fonds Climat du Grand Montréal ; Luc Rabouin, PDG, Fondation du Grand Montréal ; Marc-André Viau, directeur, relations gouvernementales, Équiterre ; Priscilla Ananian, vice-rectrice associée à la relance du Quartier latin, UQAM ; Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de Montréal ; Alan De Sousa, membre du comité exécutif et responsable de la mobilité et des infrastructures, Ville de Montréal ; Jean-Denis Charest, PDG, Chambre de commerce de l’Est de Montréal ; Aref Salem, président de la STM et vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal ; Antoine Chagnon, président-directeur général de Lallemand Inc. ; Nadine Raymond, présidente-directrice générale du Y des femmes de Montréal


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