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Au nom de la résilience communautaire

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La reconnaissance de la valeur des organisations communautaires ne se reflète pas encore dans des mesures qui assureraient leur pérennité, souligne Diane Aubin.

L’importance des organisations communautaires n’est plus contestée en 2026. Leurs actions sont en adéquation avec le principe de résilience communautaire formulé par la Stratégie nationale de prévention en santé 2025-2035⁠1 et leur apport est indispensable à la santé publique et à la santé globale des individus. Par ailleurs, la reconnaissance de leur valeur au sein de notre société ne se reflète pas encore dans des mesures qui assureraient leur pérennité, la transmission de leur expertise et de leur savoir-faire, et l’amélioration de leurs conditions de travail à court et à long terme.

Le mouvement de grève « Le communautaire à boutte » regroupe actuellement plus d’un millier et demi d’organismes communautaires du Québec. Il vise à instaurer un rapport de force afin de faire entendre leur cri d’alarme pleinement justifié, à dénoncer le risque de leur disparition à force de saignées répétitives et d’appauvrissement chronique.

Répondre à ce cri en citant quelques chiffres ou attendre que le regroupement ne s’épuise par manque de souffle équivaudrait à ne pas entendre le cri de détresse de milliers de citoyens et citoyennes pour qui ces organisations ont joué ou jouent encore un rôle essentiel dans leur vie.

Force est de constater que le communautaire est encore l’objet de certaines croyances ou biais cognitifs qui entretiennent des représentations folkloriques à son sujet, lesquelles colorent la façon de concevoir le travail des intervenantes et intervenants qui s’y engagent et la manière dont on décide d’aborder (ou non) la résolution du problème récurrent du financement de ces organisations – dont les origines remontent, rappelons-le, aux initiatives des communautés religieuses, d’avant la Révolution tranquille, qui faisaient œuvre de charité.

Bien que la plupart de ces organisations se soient affranchies de la tutelle de l’Église dans la mouvance des changements sociaux qui ont marqué les années 1960-1970-1980, en plus d’acquérir davantage d’autonomie et de développer une expertise dans la défense des droits des populations vulnérabilisées, l’on a grandement normalisé leur capacité à s’organiser avec peu de moyens, grâce à leur dévouement exceptionnel, et leur humanisme, leur générosité et leur résilience exemplaires.

L’on continue, encore aujourd’hui et avec raison, à vanter leurs compétences à se réinventer, à innover, à faire preuve de créativité, à solutionner des crises, à agir en prévention, à diminuer le phénomène des portes tournantes (visites récurrentes aux urgences qui engendrent des coûts importants), à tisser des alliances entre des personnes clés, à redonner espoir à des personnes en grande détresse – qui se sont retrouvées à la rue, en prison, en situation de grande précarité financière, à risque d’expulsion, d’exclusion, de marginalisation ou de mort. Oui, les organisations communautaires contribuent à sauver des vies et à changer la trajectoire de destinées confrontées à des impasses.

Plusieurs experts soulignent que ces organisations permettent de réaliser des économies d’échelle à notre système de santé. Malgré cela, les intervenants qui œuvrent dans le communautaire doivent toujours composer avec l’incertitude et la précarité de leurs conditions de travail, alors qu’ils représentent très souvent des tuteurs de résilience pour les personnes qui bénéficient de leur soutien. Faut-il rappeler que se dévouer au travail avec passion n’est pas l’équivalent de se sacrifier.

La grève actuelle constitue un appel à l’exploration de solutions radicalement différentes qui devraient avoir un impact avéré sur la pérennité des services offerts par le communautaire. Il s’agit donc de dégager des pistes pour freiner son déclin progressif et reconnaître officiellement le rôle fondamental qu’il joue dans la consolidation du tissu social.

Comme nous avons su le faire pour d’autres projets collectifs d’envergure ⁠2 visant à inscrire durablement dans la législation ce qui contribue au bien-être collectif, il serait tout aussi pertinent de remanier certaines lois, afin de garantir un financement récurrent qui corrige les iniquités et protège les enveloppes spécifiquement dédiées aux organismes communautaires.

Certes, certaines fondations et sociétés philanthropiques apportent déjà un soutien financier à certains organismes communautaires, mais la récurrence des octrois n’est pas garantie. Leur apport est certainement utile et nécessaire, mais il ne doit pas nous amener à faire l’économie d’un remaniement de notre système de soins. Imaginons un ministère des Services de santé, Services sociaux et communautaires qui viserait à garantir l’équité des conditions de travail des organismes communautaires, en leur octroyant une portion des économies financières réalisées de par leur action. L’on pourrait aussi envisager la distribution de primes et d’allocations (comme on le fait déjà pour des intervenants du milieu médical) afin de favoriser la rétention du personnel et son engagement à long terme, sans qu’il se retrouve en situation de précarité perpétuelle. Des idées, il y en a plein… mais un électrochoc est nécessaire pour éviter la désintégration du filet social.

*Partenaires de réflexion : Pascale Hamet, travailleuse sociale en CLSC, retraitée ; John Aubin, menuisier charpentier, retraité ; Rémi Dussault, conseiller pédagogique, retraité


© La Presse