Faisons sortir nos enfants !
L’auteur est enseignant et réagit aux textes de Patrick Lagacé : « Il est temps de sortir tous les écrans de l’école »1 et de Jean-Philippe Bradette : « Papa, on ne fera pas une équipe de poches »2
À l’école, on parle beaucoup de réussite scolaire, mais on oublie souvent un besoin fondamental des enfants : celui de bouger et d’être en relation avec leur environnement. Alors que nos débats actuels portent sur les ravages des écrans et la pression de la performance sportive, il est urgent de proposer une option saine pour nos jeunes. L’apprentissage en plein air ne doit plus être une simple sortie ponctuelle, mais un véritable pilier de l’éducation au Québec.
Le remède à l’invasion numérique
Patrick Lagacé soulignait récemment que l’infiltration technologique à l’école repose sur une certitude « chambranlante ». Les études le prouvent : même éteints, les écrans nuisent à la concentration. Nous devons impérativement repenser nos manières d’enseigner.
Face à ce constat, l’apprentissage en plein air est l’antidote naturel. Dehors, il n’y a pas d’algorithmes pour capter l’attention de manière artificielle. En sortant des classes, on remplace les « lapins qui font une course » sur iPad par de véritables défis physiques qui ancrent les mathématiques, les sciences et les autres matières dans le concret.
L’inclusion par le mouvement
Au-delà de la cognition, le plein air répond à la crise de sens que vivent certains jeunes exclus du système sportif traditionnel. Jean-Philippe Bradette dénonçait avec raison ce système qui, dès 12 ans, trie les jeunes selon leur performance, brisant la confiance de ceux qui ne font pas partie de l’« élite ».
La pédagogie par le plein air offre cet espace d’appartenance qui manque tant. Dans un bois ou un parc de proximité, on ne cherche pas à former une équipe de « vedettes », mais à favoriser la collaboration pour construire un abri ou s’orienter. Contrairement au terrain de volleyball, la nature ne rend pas de « verdict » sur la valeur d’un enfant. Elle offre à tous le droit d’appartenir à quelque chose de plus grand qu’eux et de s’épanouir.
Apprendre par l’incertitude
Nous redoutons parfois ce qui échappe à notre contrôle lorsque nous sommes à l’extérieur : la pluie, le froid, les chaussures mouillées. Pourtant, l’école ne peut prétendre préparer les jeunes à un monde complexe sans les confronter à l’imprévisible. Aller « hors les murs », c’est accepter que la nature fasse partie intégrante de nos vies. C’est là que les enfants apprennent à tomber et à recommencer. C’est ainsi que nous éveillerons la conscience environnementale de nos jeunes.
Une nécessité humaine
À l’heure de l’anxiété climatique, il ne suffit pas de dire aux enfants que la planète va mal. Il faut leur donner l’occasion de la sentir vibrer sous leurs pieds et de s’émerveiller devant elle. Il est temps de redonner aux jeunes l’accès au réel par la nature.
Alors oui, sortons. Laissons-les grimper, explorer et rêver. Ce n’est pas un luxe pédagogique, c’est une urgence de santé publique et un acte de foi envers l’avenir de nos enfants.
