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Qui osera pousser les portes de l’école FACE ?

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25.03.2026

Le collectif Sauvons FACE, école publique montréalaise bilingue à vocation artistique, souhaite que le gouvernement revienne sur sa décision de ne pas rénover son bâtiment centenaire.

Le 4 avril 2025, la communauté de l’école FACE recevait un coup de massue : l’annonce que son école ne serait pas rénovée et que les élèves des deux cycles d’enseignement (primaire et secondaire) seraient divisés à jamais dans deux bâtiments distincts, l’un sur l’avenue Christophe-Colomb et l’autre sur la rue Saint-Urbain. Fini le très riche projet de cohabitation d’enfants de tous âges au sein d’un même édifice. Finie la course des petits entre les jambes des grands sur l’heure du dîner, la protection bienveillante offerte par les plus vieux et l’énergie débordante des plus jeunes qui irradie sur tous les étages.

On a remplacé tout cela par une vision standardisée : deux bâtiments, deux écoles, les petits avec les petits, les grands avec les grands. Et on a normalisé : les classes, les gymnases et les cours auront les tailles réglementaires prévues pour les constructions neuves. Pas celles qu’un bâtiment centenaire préservait et chérissait, mais les tailles normées sur papier.

On en a profité pour faire disparaître tout ce qui permettait à une école publique d’offrir un programme artistique digne de ce nom : les locaux de pratique, les locaux d’art, le costumier, la bibliothèque tout en boiseries d’époque, l’auditorium de 600 places apte à recevoir un orchestre symphonique et rénové à grands frais par la communauté soutenue par des mécènes conscients de l’immense valeur de ce bâtiment et du projet pédagogique qu’il abrite.

Tout ce saccage parce qu’on n’a pas pris le temps d’étudier en profondeur le dossier et de voir de quelle manière on peut concevoir un projet réaliste qui respecte la capacité de payer du contribuable : personne ne demande de cour sur le toit ou de troisième gymnase accessible par un tunnel ; personne ne demande une mise aux normes de l’ensemble du bâtiment ; personne ne souhaite conserver le terrain adjacent à l’école qui pourrait être vendu pour financer les travaux ; tout le monde pense que le bâtiment en ruine de la rue Saint-Urbain, où le secondaire doit être forcé d’emménager, ferait un très bon candidat à la vente pour y faire du logement social et que les 120 millions qui seront engloutis pour sa rénovation devraient être investis dans le bâtiment actuel de FACE.

Croire à la valeur de la culture

Des solutions simples, efficaces et pragmatiques, il en existe amplement. Ce qu’il nous manque, ce sont des décideurs politiques qui croiront suffisamment à la valeur de la culture, du patrimoine et de la réussite scolaire pour prendre le temps de rouvrir ce dossier et de le revoir en profondeur.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

La bibliothèque de l’école FACE

Bernard Drainville, du temps où il était ministre de l’Éducation, avait au moins eu la décence de nous recevoir et d’entendre notre plaidoyer en faveur du maintien de la dernière école publique au centre-ville de Montréal. Nous n’avons jamais rencontré sa successeure, Sonia LeBel, malgré nos demandes répétées. Aucun député ni ministre de la CAQ n’a jamais mis les pieds dans cette école.

À 250 km de Montréal, des décideurs scellent à jamais le destin d’une institution culturelle et éducative phare du paysage montréalais sans savoir de quoi il retourne réellement.

Il est vrai qu’il y a un risque à entrer dans ce bâtiment : on constate alors qu’il est loin de tomber en ruine et on en découvre les richesses inouïes. On serait d’autant plus gênés d’en devenir les fossoyeurs.

Messieurs, mesdames qui souhaitez prendre en main le destin du Québec, sachez que nous ne baisserons pas les bras : la communauté de l’école FACE continuera de talonner les aspirants premiers ministres pour qu’ils aient le courage de venir rue University pousser les portes de cette école et vivre quelques heures la magie d’un lieu qui a fait naître tant de talents dont s’enorgueillit le Québec depuis des décennies.


© La Presse