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Un pape avec une sensibilité algérienne

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23.04.2026

La visite du pape en Algérie, plus tôt ce mois-ci, a mis en lumière les liens qui unissent le souverain pontife à ce pays d’Afrique du Nord au lourd passé colonial, écrit l’auteur.

Pour commencer sa tournée en Afrique, le pape Leon XIV s’est rendu en Algérie du 13 au 15 avril 2026 — une première pour un souverain pontife. Mais celle-ci n’est pas le fruit du hasard. La sensibilité de Léon XIV pour l’histoire algérienne ne date pas d’hier. Il est membre de l’ordre de Saint-Augustin. Ce théologien chrétien, qui a vécu entre le IVe et Ve siècle après J. -C., fut, notamment, évêque dans la cité antique d’Hippone, l’actuelle ville d’Annaba, en Algérie. Ses œuvres résonnent encore aujourd’hui lorsqu’elles commandent à la primauté de la morale et à un sens de la justice en société et sur la scène politique, ou encore lorsqu’il réfléchit à des notions telles que la guerre juste.

Coïncidence ou résonance du temps présent, le pape, en chemin vers l’Algérie, s’est retrouvé pris à répondre aux accusations du président Trump, qui n’avait pas apprécié ses critiques contre la guerre. Refusant d’entrer dans un débat politique avec lui, il a réaffirmé son engagement à défendre « la paix, le ​dialogue et les relations ​multilatérales entre les États ».

Des messages multiniveaux

Plus tard, en Algérie, sous le Monument des martyrs, érigé en hommage aux morts de la guerre d’indépendance contre la France (1954-1962), le pape a invité au dialogue et à la réconciliation, et ce, devant les autorités du pays hôte, tout en précisant qu’il est « plus urgent que jamais face aux violations continues du droit international et aux tendances ​néocoloniales » d’être acteurs « d’un nouveau chapitre de l’histoire ».

Que de messages ! Sur un premier niveau, les mots du pape semblent inviter à redéfinir les relations entre l’Algérie et la France sur un pied d’égalité, dans une reconnaissance assumée d’un lourd passé, afin d’arriver à une forme d’apaisement, notamment dans le traitement des enjeux contemporains.

Sur un autre niveau, plus intime, plus « algéro-algérien », ces paroles résonnent avec l’histoire récente du pays, plus particulièrement avec le fléau du terrorisme vécu au cours des années 1990, la « décennie noire », suivant laquelle, les Algériens et Algériennes ont choisi de s’ancrer dans un processus de réconciliation nationale pour reconstruire leur pays.

Si le récit algérien sur soi-même est souvent très dur, puisque marqué par de multiples traumas historiques, une positivité se construit progressivement depuis une vingtaine d’années. Sur les réseaux sociaux, notamment, on voit émerger une jeunesse désireuse de présenter la beauté et la sérénité du pays. Cette solennité et cette paix transmises par la visite du pape apportaient un réel vent de fraîcheur dans le quotidien algérien.

Enfin, le petit trait du pape envers les tendances néocoloniales a probablement trouvé un écho naturel auprès de la diplomatie algérienne, fidèle à sa posture anti-impérialiste et anticoloniale depuis l’indépendance du pays.

D’ailleurs, un moment particulièrement fort sur le plan symbolique fut l’accueil du pape par le recteur Mohamed Mamoun Al Qasimi au sein de la grande mosquée d’Alger. Même si cette démarche s’avérait protocolaire, il s’en dégageait une image de dialogue et de paix intercivilisationnel et interconfessionnel entre l’Occident et le monde arabo-musulman.

PHOTO ALBERTO PIZZOLI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le recteur Mohamed Mamoun Al Qasimi a accueilli le pape Léon XIV au sein de la grande mosquée d’Alger.

Une vraie délivrance dans une actualité internationale devenue réellement oppressante ! Un peu à l’image de cet attentat raté à Blida — cité située en périphérie d’Alger —, largement commenté dans certains médias étrangers et sur les réseaux sociaux, avec des lignes éditoriales parfois questionnables, et où les tensions entre l’Algérie et le Maroc, ou encore parfois avec la France, ne demeuraient jamais trop loin… En fin de compte, questions sécuritaires, désordres informationnels et enjeux géopolitiques demeurent des constantes dans l’actualité internationale, même lors de la visite du souverain pontife.

L’itinéraire de Saint-Augustin et la relation entre Rome et Alger

L’émotion du pape s’est ressentie à son arrivée à Annaba, au second jour de sa visite, dans les terres de Saint-Augustin. Léon XIV y a célébré la messe au sein de la basilique Saint-Augustin d’Annaba dans un message de paix universel. C’est d’ailleurs au cours de sa visite que l’on a pu aussi apprendre que l’Algérie, en collaboration avec l’Italie, la Tunisie et le Vatican, était en train de déployer d’importants efforts pour classer les itinéraires augustiniens au patrimoine mondial de l’UNESCO. Et cet effort est aussi probablement le résultat de la bonne entente entre l’Algérie et l’Italie, qui a très certainement participé à faciliter la visite du pape. Un rapprochement géostratégique se consolide depuis 2022 entre les deux pays, année où Rome est devenu le principal partenaire européen d’Alger, dans un contexte de tensions diplomatiques entre l’Algérie et la France.

Plus de 2000 ans auparavant, au cours de l’Antiquité, il y a eu aussi des moments de rivalité italo-algérienne, à travers les tensions entre la République romaine et le royaume de Numidie. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts et une sérénité s’est installée entre les deux rives de la Méditerranée, qui pourrait servir d’exemples à d’autres. La venue du pape y donne une odeur de sainteté qui n’est pas désagréable dans le contexte géopolitique actuel.


© La Presse