« Jamais un texte n’était allé aussi loin dans la cruauté envers les exilés » : l’Union européenne en passe de devenir une usine à expulsion
Le Parlement européen a adopté lundi 9 mars, grâce à une alliance entre la droite et l’extrême droite, le durcissement du pacte asile et migration, qui doit autoriser la création de centres pour migrants hors de l’UE, la confiscation des documents d’identité, les contrôles au faciès et les perquisitions à domicile. Le texte doit encore être validé en session plénière.
La droite et l’extrême droite tiennent leur trophée commun. Le Parlement européen a adopté en commission, lundi 9 mars, le durcissement d’un texte déjà répressif sur l’immigration. Cette réforme inscrit dans le marbre la possibilité de lancer des « hubs de retour » – à savoir l’institutionnalisation des expulsions à la chaîne d’exilés vers des centres hors des frontières – négociés avec des États tiers.
Le texte doit encore être validé en session plénière, avant d’entrer en vigueur d’ici trois mois dans le cadre du pacte asile et migration. Il entérine, dans tous les cas, l’alliance du Parti populaire européen (PPE) et des Patriotes pour l’Europe autour d’une politique sécuritaire et raciste.
« Des familles avec enfants pourraient y être enfermées »
Concrètement, les États membres seront autorisés à ouvrir des centres pour migrants dans des pays situés en dehors de l’Union européenne (UE), à confisquer des documents d’identité, multiplier les détentions, les contrôles au faciès et les perquisitions à domicile, ainsi qu’à établir une « reconnaissance mutuelle » des décisions prises par un État voisin. Une escalade qui fait suite à l’augmentation du nombre d’expulsions souhaitée par la Commission européenne, dont le texte avait été présenté en mars 2025.
« Jamais un texte n’était allé aussi loin dans la cruauté, a fustigé l’eurodéputée insoumise Manon Aubry, membre du groupe la Gauche. Il prévoit la déportation massive d’exilé·es vers des “hubs de retour“, des centres de déportation offshore dans des pays tiers où ils n’ont parfois jamais mis les pieds. Des familles avec enfants pourraient y être enfermées, jusqu’à deux ans. »
A Strasbourg, droite et extrême droite européennes s’allient contre les migrants
« Pas de dignité humaine, pas de liberté, pas d’égalité, pas d’état de droit pour les personnes envoyées dans des centres de retour, a de son côté alerté l’eurodéputée socialiste Murielle Laurent. Juste un avenir incertain dans un pays inconnu. » L’élu républicain François-Xavier Bellamy, lui, y voit « une avancée déterminante pour l’Union européenne en matière de politique migratoire ». L’eurodéputé est à l’origine de ce texte alternatif voté conjointement par la droite et l’extrême droite, dont les alliances se multiplient depuis plusieurs mois.
Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG), telles que la Cimade et Terres solidaires, dénoncent depuis plusieurs mois des « amalgames entre immigration, insécurité et délinquance ». Soixante-dix organisations européennes (Médecins du Monde, Oxfam, Alliance européenne pour les droits des travailleuses et travailleurs du sexe, etc.) ont tenté, le 16 février dernier, d’alerter l’UE sur un texte qui « consoliderait un système punitif, alimenté par une rhétorique d’extrême droite et fondé sur la suspicion raciale, la dénonciation, la détention et l’expulsion ».
« L’Europe sait, par son histoire, où peuvent mener les systèmes de surveillance, de désignation de boucs émissaires et de contrôle », poursuivaient les organisations signataires dans leur texte. La perspective de la création d’une police de l’immigration équivalente à l’ICE, qui multiplie les raids et les morts aux États-Unis, avait alors été pointée.
Les représentants des Vingt-Sept en ont décidé autrement et plusieurs États s’organisent déjà. Plusieurs pays nordiques (Danemark, Finlande, Suède), l’Allemagne, l’Autriche et la Grèce ont lancé des discussions sur leurs politiques d’expulsion. L’Italie a déjà noué un accord avec l’Albanie, la Belgique avec l’Estonie où des centres ont été montés et les Pays-Bas ont annoncé, le 25 septembre, leur intention d’ouvrir un centre en Ouganda.
Face à l’extrême droite, ne rien lâcher !
C’est pied à pied, argument contre argument qu’il faut combattre l’extrême droite. Et c’est ce que nous faisons chaque jour dans l’Humanité.
Face aux attaques incessantes des racistes et des porteurs de haine : soutenez-nous ! Ensemble, faisons entendre une autre voix dans ce débat public toujours plus nauséabond.Je veux en savoir plus.
Lisez la suite de cet article
et débloquez tous les contenus
