Iran : pour un anti-impérialisme qui ne trahit pas les peuples
Roja est un collectif indépendant, de gauche et féministe, constitué dans l'exil, basé à Paris. Il est né en septembre 2022, à la suite du féminicide de Jina Amini et du déclenchement simultané du soulèvement « Jin, Jiyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté). Il met en garde contre un faux choix : détruire la vie des peuples d’Iran au nom d’une prétendue « libération » impérialiste ou faire de l’opposition à l’impérialisme le bouclier d'un étatisme despotique.
Depuis le 7 octobre 2023, l’extension de la guerre génocidaire menée à Gaza a fait basculer le Moyen-Orient dans une nouvelle phase. L’occupation israélienne s’est intensifiée, les bombardements se sont étendus au Liban, le Yémen a été dévasté et les interventions militaires américano-israéliennes ont transformé l’Iran en nouveau front de la guerre.
La guerre n’est plus une exception dans l’ordre mondial : elle tend à en devenir la règle. Le capitalisme contemporain y recourt de plus en plus pour maintenir et étendre sa domination mondiale. Ce qui se joue en Iran et au Moyen-Orient n’est ni une suite de conflits isolés, ni le prolongement d’une histoire de prédation extérieure : c’est une reconfiguration globale. Un nouvel ordre régional est voulu, fondé sur la puissance militaire israélienne, son intégration sécuritaire avec certains États du Golfe et les intérêts géopolitiques américains.
Mais réduire la région au seul affrontement des puissances étrangères, c’est se raconter une histoire commode. C’est plaquer sur le réel un récit qui dispense de regarder ses propres contradictions. Car l’Iran n’est pas seulement pris dans cette guerre : il est un puissant acteur régional à part entière.
La souveraineté volée aux peuples
L’agression de 40 jours menée contre l’Iran a été vendue par Washington et Tel-Aviv comme une opération contre le programme nucléaire, les capacités balistiques, les drones et les réseaux militaires régionaux de la République islamique. Les faits ont pulvérisé cette fable. Il a été question de « guerre contre le régime », de « frappes de précision » et de « sites militaires » : les bombes ont frappé les corps, les villes, les moyens de subsistance. Elles ont éventré des habitations, des écoles, des centres de santé, des usines, des centres de recherche, des infrastructures énergétiques et des réseaux de transport. Elles ont déchiqueté l’avenir de plusieurs générations.
Washington et Tel-Aviv parlent de « guerre contre le régime » : les bombes ont frappé les corps, les villes, les moyens de subsistance.
Washington et Tel-Aviv parlent de « guerre contre le régime » : les bombes ont frappé les corps, les villes, les moyens de subsistance.
Pour qui se soucie réellement des intérêts populaires, la souveraineté n’a rien à voir avec le droit d’un État à gouverner un territoire. La souveraineté authentique est le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à décider de leur existence collective et à déterminer librement leur avenir. Dès que ce droit leur est arraché, la souveraineté change de camp : elle cesse d’être un droit pour devenir un instrument de sujétion. Elle ne parle plus la langue des peuples mais celle de la sûreté d’État.
Sous prétexte de défendre la société, elle ne défend plus qu’un appareil politique, administratif et militaire. La guerre contre l’Iran a brutalement imposé cette conception nationaliste, étatiste, sécuritaire, donc fausse, de la souveraineté. Les frontières, l’armée, l’intégrité territoriale et l’unité abstraite de la nation ont été placées au-dessus des vies, des territoires vécus et des peuples qui les habitent. Dès que ces derniers refusent de s’y plier, le pouvoir central les traite en ennemis : le désir d’égalité est criminalisé au nom de la « sécurité nationale ». Et les peuples kurde, arabe et baloutche matés.
Lettre ouverte aux prisonniers politiques iraniens, pris « entre les deux lames d’une paire de ciseaux »
Un pouvoir antidémocratique et répressif ne justifie jamais une attaque impérialiste et illégale. Nous nous opposons donc de toutes nos forces aux bombardements, aux sanctions, à l’occupation et à la destruction impérialiste. Mais ce combat en appelle un autre, inséparable : celui pour l’autodétermination, la protection des vies et la remise en cause des rapports d’accumulation, d’exploitation et de domination.
La souveraineté que nous défendons restitue aux peuples ce que l’État leur confisque : le pouvoir d’organiser, de reproduire et de transformer leur existence. Elle part de la vie et de ce qui la rend........
