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« Frederick Wiseman était très en colère contre ce qu’il se passe aux États-Unis », se souvient le documentariste Nicolas Philibert

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18.02.2026

Très ému après le décès de Frederick Wiseman, le documentariste Nicolas Philibert se souvient d’un réalisateur ami, dont l’influence aura marqué des générations après lui.

Que représentait Frederick Wiseman pour vous ?

Je suis dévasté, parce que je perds un ami de longue date. Depuis notre rencontre au tout début des années 1980, nous avions construit une relation amicale et un dialogue très précieux. Il était pour moi à la fois un phare, un éclaireur et un grand frère. Il a m’a beaucoup encouragé et a contribué à faire grandir en moi le désir de faire des films. Ces derniers temps, il était souffrant, affaibli et sans doute démoralisé parce qu’il savait qu’il ne pourrait plus faire de films, sa grande passion.

Il m’a appelé il y a dix jours, j’ai eu l’impression que c’était sa façon de m’annoncer qu’on ne se verrait plus. Mais il ne l’a pas présenté ainsi. Il m’a demandé des nouvelles, m’a souhaité bonne chance pour le projet que je suis en train d’écrire, et puis il m’a dit qu’il ne pourrait plus filmer. C’était un échange bouleversant.

Et s’il avait pu encore le faire, qu’aurait-il voulu filmer ?

Il était toujours très secret, il ne racontait pas ses projets, il faisait juste signe quand il avait fini. J’ai toujours été très impressionné par son obstination. C’était un travailleur infatigable, qui a signé près de cinquante films en soixante ans, les enchaînant avec une grande régularité, sans jamais se disperser. Il ne faisait pas de repérages, cela ne lui servait à rien, sauf à le faire regretter de ne pas être déjà en train de filmer.

J’ai toujours trouvé ça très juste : faire un documentaire, c’est se frotter à l’imprévu, et l’arrivée d’une caméra quelque part rebat toujours les cartes. Frederick Wiseman tournait le plus souvent quatre à six semaines, puis il se plongeait dans le montage pendant........

© L'Humanité