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« Marseille, on veut en faire une prise de guerre » : comment le RN veut faire main basse sur la 2e ville de France

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26.02.2026

Depuis quarante ans, la deuxième ville de France est dans le collimateur du RN. Une victoire de Franck Allisio, son candidat donné à 30 % dans les sondages aux municipales, constituerait une onde de choc, bien au-delà des frontières de l’Hexagone. Analyse sur le terrain de la progression du vote extrême droite et des questions que cela pose à la gauche.

Tiré à quatre épingles, le sourire conquérant, Jean-Marie Le Pen fait son entrée sur la pelouse du stade Vélodrome. Une clameur sourde monte des tribunes, jaillie des 18 000 bouches qui hurlent son nom à perdre haleine, avec la même exaltation rageuse qu’ils mettaient quelques instants plus tôt à reprendre en chœur l’hymne à l’Algérie française.

Nous sommes le 17 avril 1988, à une semaine de la présidentielle. « Ce sont les pays faibles qui sont la cible de tous les prédateurs du monde », démarre Le Pen sous les vivats, avant une longue tirade haineuse contre l’immigration. « Quand on n’est pas capable de défendre son identité, ce sont les autres qui viennent vous l’imposer par la force, parfois avec des fusils, parfois avec des babouches, poursuit-il. (…) La France ne sera jamais une république islamique ! »

Trente-huit ans plus tard, Jean-Claude Coutausse et Fathi Bouaroua ont gardé en mémoire cette scène hallucinante. Photoreporter, le premier l’a couverte de l’intérieur. « Le pari de remplir le Vélodrome (48 000 places à l’époque – NDLR), c’était du bluff, recadre-t-il. En réalité les deux virages étaient vides, recouverts de drapeaux. Mais la ferveur était réelle. » Le second, lui, a déboulé avec plus de 2 000 militants antifascistes. « Nous n’avons jamais pu rentrer, bloqués par un barrage policier, se souvient-il. À l’époque, la police « les » protégeait bien ! »

« La carte est désormais coupée en deux »

À la présidentielle de 1988, Le Pen arrivera finalement en tête dans la ville, avec plus de 28 % des voix, devant François Mitterrand. Depuis les années 1980, les leaders de l’extrême droite sont persuadés de tenir, avec Marseille, une sorte de France en miniature, un concentré chimiquement pur de toutes leurs obsessions : l’immigration « incontrôlée », la délinquance, la corruption. Ce n’est pas pour rien que Jean-Marie Le Pen caressera le rêve de prendre la mairie : quel plus beau laboratoire politique que la deuxième ville la plus peuplée du pays ?

À 66 ans, Fathi Bouaroua s’en souvient encore. Ce fils d’un combattant du FLN algérien réfugié en Tunisie, qui s’est formé à la politique dans le chaudron de l’après-Mai 68, a fait le coup de poing contre l’extrême droite marseillaise dans les années 1980. « Aujourd’hui, Marseille est gangrenée, lâche-t-il. L’autre jour, je distribuais des tracts à la sortie du métro, pour appeler la gauche à s’unir contre le RN, j’ai été

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