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Procédure bâillon : la condamnation de Greenpeace confirmée, l’ONG risque la banqueroute aux États-Unis

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02.03.2026

Un juge de l’État du Dakota du Nord a confirmé, vendredi 27 janvier, la condamnation de l’organisation écologiste à verser 345 millions de dollars de dommages et intérêts à Energy Transfer, du fait de son soutien à la mobilisation contre un projet oléoduc géant en 2016 et 2017. Si le montant de l’amende a été presque réduit de moitié par rapport au premier jugement intervenu en mars 2025, Greenpeace risque toujours de disparaître aux États-Unis.

Nouveau coup dur pour le mouvement climat. Aux États-Unis, un juge de l’État du Dakota du Nord a confirmé vendredi dernier la condamnation de Greenpeace dans l’affaire du Dakota Access Pipeline, cet oléoduc géant construit par la société d’hydrocarbures Energy Transfer (ET) et très contesté localement.

La justice états-unienne avait initialement infligé à l’ONG une amende record de 665 millions de dollars (environ 610 millions d’euros) en mars 2025 au bénéfice d’ET, pour avoir prétendument orchestré la mobilisation contre le projet de pipeline dans la région en 2016 et 2017. La sanction a depuis été ramenée à 345 millions de dollars de dommages et intérêts. L’organisation écologiste a fait appel de cette décision.

Si le montant a été presque réduit de moitié, le résultat de cette procédure bâillon (SLAPP) est le même, puisqu’il signe de fait l’arrêt de mort de Greenpeace Outre-Atlantique, voire au-delà. Les entités visées – Greenpeace Inc, Greenpeace Fund pour les États-Unis et Greenpeace International – sont en effet incapables de payer une telle amende.

Qu’importe pour Mads Christensen, directeur exécutif de Greenpeace International, selon qui « les tentatives d’ET pour nous faire taire échouent (…) Nous ne serons pas réduits au silence. Nous ne ferons que hausser le ton, en unissant nos voix à celles de nos alliés partout dans le monde contre les entreprises polluantes et les oligarques milliardaires qui privilégient les profits au détriment des populations et de la planète. »

Une procédure inédite dans l’histoire des ONG environnementales

L’ONG estime qu’ET s’acharne judiciairement parce qu’elle a été solidaire du mouvement de protestation mené à l’époque par la communauté amérindienne Sioux de Standing Rock contre le pipeline, à la fois climaticide et aux impacts délétères sur les populations, notamment sur les sources d’eau potable. Le tronçon de l’oléoduc contesté a par ailleurs été implanté au cœur de sites autochtones sacrés.

À l’issue des manifestations qui avaient eu lieu pour empêcher la sortie de terre du projet, des centaines de militants avaient été arrêtés et blessés. C’est sur le fondement du préjudice qu’elle prétend avoir subi lors de cette contestation qu’ET a poursuivi Greenpeace, accusé d’avoir soufflé sur les braises.

« C’est la première fois qu’un enjeu de survie de l’ONG se pose » : Greenpeace victime d’une procédure bâillon aux États-Unis

Contactée par l’AFP suite au verdict prononcé vendredi, l’entreprise n’a pas réagi. Comme l’a rappelé Sarah Fayolle, chargée de campagne énergies fossiles pour Greenpeace France dans l’Humanité l’an dernier, « cette affaire créée un précédent qui dépasse l’existence ou non de Greenpeace, elle remet en question la liberté de manifester. Au-delà de notre cas, des petites ONG vont désormais devoir y réfléchir à deux fois avant de se mobiliser. »

Pour Allie Rosenbluth en revanche, membre de l’ONG Oil Change International interrogée par l’AFP, « ces poursuites judiciaires d’intimidation n’empêcheront pas les gens de s’opposer aux grandes compagnies pétrolières pour protéger leurs communautés et la planète ».

En attendant l’appel, Greenpeace a contre-attaqué dès 2025 en poursuivant ET aux Pays-Bas – c’est là que se trouve son siège international – sur le fondement de la directive européenne anti-SLAPP, mise en place en avril 2024 pour se prémunir de ces procédures baillons. L’organisation réclame notamment d’être indemnisée pour les coûts engagés lors de cette bataille judiciaire.

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