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Fouilles répétées, déportations illégales, reset des téléphones… avant la Coupe du monde 2026, Amnesty s’inquiète de la dérive sécuritaire des organisateurs

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31.03.2026

À trois mois du Mondial, Amnesty International s’inquiète de la dérive sécuritaire des pays organisateurs : Canada, Mexique et, surtout, États-Unis. La FIFA, qui avait promis un tournoi où tout le monde se sentirait libre d’exercer ses droits, est loin du compte, prévient l’ONG.

Pour ceux qui un jour se sont rendus aux États-Unis, le passage par la douane n’est jamais une partie de plaisir. Ne pas aller au-delà de la ligne jaune… rester à distance du comptoir où se trouve le douanier et répondre à une multitude de questions, voilà le lot du touriste lambda. Sans aller jusque-là, l’équipe de France de football en tournée en terre états-unienne à moins de cent jours de la Coupe du monde 2026 du 11 juin au 19 juillet prochain a eu droit à un accueil loin d’être coulant, comme l’a reconnu le sélectionneur, Didier Deschamps : « À notre arrivée, on a passé un temps incroyable à l’aéroport, avec des contrôles que je n’avais jamais vus depuis que je suis né. On s’adapte », a-t-il déclaré un brin fataliste.

Les Diables rouges, eux aussi en tournée américaine, ont connu mêmes tracas. L’équipe de Belgique a vécu un curieux moment dimanche dernier. Alors que les joueurs d’outre-Quiévrain allaient embarquer pour Chicago, ils ont été contrôlés sur le tarmac d’Atlanta par la sécurité américaine. Amenés en bus au pied de leur avion, les joueurs et leur staff y ont été fouillés de la tête aux pieds et passés au détecteur de métaux. Heureusement, ils avaient retiré leurs crampons en alu. Des exemples parmi d’autres, mais surtout un avant-goût de ce qui attend les supporters, les journalistes et toute autre personne se rendant sur le sol états-unien mi-juin.

Les États-Unis, « le théâtre d’une crise des droits humains »

Dans un communiqué, Amnesty International pointe du doigt de graves manquements et des risques encourus aux États-Unis : « Sous le mandat du président Donald Trump, les États-Unis, où se tiendront les trois quarts des matchs de la Coupe du monde, sont le théâtre d’une crise des droits humains », souligne ainsi l’organisation. Et d’ajouter par la voix de Steve Cockburn, directeur du programme justice économique et sociale : « Malgré le nombre ahurissant d’arrestations et d’expulsions, ni la FIFA (Fédération internationale de football association – NDLR) ni les autorités n’ont fourni de garanties que les fans et les populations locales seront protégés du profilage ethnique et racial, des descentes aveugles et des détentions et expulsions illégales. »

Sébastien Thibault, coauteur de « Foot Manifesto » : « La FIFA n’a ni électeurs, ni responsabilité démocratique, ni transparence »

Des pays comme l’Iran – dont on ne sait toujours pas si son équipe se rendra au Mondial en raison du conflit au Moyen-Orient –, mais aussi le Sénégal ou encore la Côte d’Ivoire pourraient ne pas pouvoir compter sur leurs supporters en raison des interdictions de voyager imposées par l’administration de Donald Trump. Les villes de Dallas, Houston et Miami, qui accueilleront des matchs, ont à titre d’exemple toutes signé des accords permettant aux agences locales d’application des lois de collaborer avec l’ICE.

Ainsi apprend-on aussi que les personnes n’ayant pas eu leur visa avant le 1er janvier 2026 peuvent d’ores et déjà s’installer dans leur canapé, télécommande en main, pour suivre les matchs sur leur petit écran, à la maison. Pour les autres, ceux avec billets, mieux vaudra avoir un sacré budget. Confrontée à la tarification dynamique mise en place par la FIFA, l’organisation des supporters européens a attaqué la FIFA devant la Commission européenne pour dénoncer des prix « exorbitants ».

Cacher son appartenance à la communauté LGBT +

Mais, pour en revenir au tour de vis sécuritaire, d’autres fans de football devront « reset » leur téléphone et se désinscrire des réseaux sociaux car ceux-ci seront surveillés afin que les autorités y recherchent des contenus supposés « anti-américains ».

Faire partie de la communauté LGBT +, et le faire savoir, ne sera pas non plus bien vu. Au Royaume-Uni et en Europe certaines associations ont déclaré « qu’il était dangereux que leur présence soit visible pendant le tournoi », rapporte l’ONG, qui s’inquiète aussi de restrictions au droit de manifester et à la liberté d’expression au Mexique et au Canada. Ces deux pays sont en effet aussi épinglés.

Au Canada, l’impact des jeux Olympiques de Vancouver de 2010 et une crise de l’immobiliser croissante soulève des craintes quant à la situation des personnes sans abri qui devraient être une nouvelle fois déplacées. Le Mexique a quant à lui mobilisé 100 000 agents de sécurité, dont des militaires, en réponse aux niveaux élevés de violence, ce qui accroît les risques pour les personnes prenant part à des manifestations, ainsi les femmes qui prévoient de manifester pacifiquement pour le match d’ouverture au stade Azteca à Mexico afin d’exiger la vérité sur la disparition de leurs proches. En clair, nous sommes loin du tournoi « sûr, accueillant et inclusif » promis, juré, craché par la FIFA.

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