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Zendaya et Robert Pattinson crèvent l'écran dans ce thriller psychologique

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03.04.2026

Au départ, tout semble parfait. Un couple complice, lumineux, amoureux… le genre d’histoire qui coche toutes les cases de la comédie romantique contemporaine. Les dialogues sont vifs, les regards sincères, et la complicité entre Zendaya (Emma) et Robert Pattinson (Charlie) est tout simplement indéniable. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils habitent un magnifique appartement et ils s’aiment éperdument. On y croit. Complètement. Puis, un aveu. Un seul. Et tout bascule.

Je ne divulgâcherai rien de plus, car le plaisir du film réside totalement dans le punch et tout ce qui s’en suit... Mais disons que ce qui semblait être une jolie romance devient progressivement un thriller psychologique tendu, presque anxiogène, sans manquer de soulagements comiques et de répliques cyniques. La grande force du film réside d’ailleurs dans cette transformation : le récit se fragmente, le temps se déforme entre flashbacks, projections mentales et ruptures de ton. Le montage, parfois abrupt, épouse la confusion intérieure des personnages. On ne sait plus très bien ce qui relève du souvenir, de la peur ou de la réalité… et c’est précisément là que le film devient fascinant.

On entre littéralement dans la psyché des personnages, en particulier celle de Charlie, interprété par un Robert Pattinson impressionnant, oscillant entre vulnérabilité et perte de contrôle (vraiment plus convaincant en jeune marié que le récent Die My Love de Lynne Ramsay). Zendaya, de son côté, incarne avec finesse un personnage complexe, pris entre honte, déni, désir de préserver l’amour coûte que coûte, quitte à enfouir à jamais un passé trouble. Leur dynamique devient alors le véritable champ de bataille du film : peut-on encore aimer quelqu’un quand on découvre « le pire »?

Le film pose frontalement cette question, sans jamais offrir de réponse facile. Le réalisateur Kristoffer Borgli (Dream Scenario) poursuit ici son exploration des zones inconfortables de l’humain. Peut-on pardonner l’impardonnable? L’amour est-il réellement inconditionnel ou repose-t-il sur une illusion soigneusement entretenue? Jusqu’où est-on prêt à aller pour préserver une histoire dans laquelle on a déjà tant investi (au sens propre comme au figuré)?

Mention spéciale aux personnages secondaires, notamment Alana Haim (révélée dans Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson), qui apporte une énergie à la fois dérangeante et fascinante à certaines scènes clés. Le regard des autres (amis, collègues, invités) devient d’ailleurs un miroir cruel de l’intimité du couple. Et que dire de la scène du mariage : tendue, imprévisible, presque suffocante, où le film atteint son apogée émotionnel.

Enfin, impossible de ne pas souligner la trame sonore, parfaitement intégrée, où Donna Lewis, Alicia Keys, Minnie Riperton, Juliette Gréco et plusieurs autres accompagnent les glissements de ton, accentuant autant les moments de légèreté que les descentes dans l’angoisse.

Soyez avertis : The Drama n’est pas une comédie romantique. C’est un piège. Un film qui nous attire avec ses codes familiers pour mieux nous confronter à une vérité dérangeante… Est-ce qu’aimer quelqu’un, c’est aussi accepter de ne pas tout contrôler? Ni de tout comprendre?

Un film surprenant, troublant, parfois malaisant... Une excellente proposition, qui prouve que l’amour au cinéma peut encore nous déstabiliser.


© Cinoche