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Michel Agier : « Le racisme revient en force lorsque les personnes racisées gagnent de la visibilité en politique »

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Les réactions d’hostilité qui se sont récemment manifestées contre des élus racisés traduisent le fait que la remise en cause du système de domination traditionnel est encore mal supportée par une frange de la population.

Si les origines coloniales du racisme demeurent très prégnantes, l’ouverture de la société française à la diversité progresse pourtant, rappelle l’anthropologue Michel Agier. Il explique ce paradoxe tout en revenant sur l’utilité de l’usage du terme « racisé » et du concept d’intersectionnalité, eux aussi soumis à controverses.

Une analyse utile à la veille d’une grande manifestation contre le racisme à Paris ce dimanche 3 mai, à l’appel de La France insoumise (LFI), et alors que 80 élus et militants socialistes enjoignent leur parti à passer aux actes. Michel Agier, auteur notamment de Racisme et culture. Explorations transnationales (Seuil, 2025), propose des pistes d’action.

Une enquête de l’Ifop et de la Licra révèle qu’une personne sur deux se dit victime d’agressions ou de discriminations à caractère raciste. L’élection d’élus racisés comme Bally Bagayoko, le nouveau maire de Saint-Denis, a suscité des réactions ouvertement racistes… Comment analysez-vous ce phénomène ?

Michel Agier : Bally Bagayoko n’a pas été le premier visé, beaucoup d’élus issus des milieux populaires de banlieue où les populations immigrées ont été regroupées dans les années 1950-70 ont été pris à partie dans les médias d’extrême droite et sur les réseaux sociaux. Et avant eux, cela a été le cas de Christiane Taubira et de Najat Vallaud-Belkacem lorsqu’elles sont devenues ministres.

Le racisme est d’autant plus prégnant que… 

Les réactions d’hostilité qui se sont récemment manifestées contre des élus racisés traduisent le fait que la remise en cause du système de domination traditionnel est encore mal supportée par une frange de la population.

Si les origines coloniales du racisme demeurent très prégnantes, l’ouverture de la société française à la diversité progresse pourtant, rappelle l’anthropologue Michel Agier. Il explique ce paradoxe tout en revenant sur l’utilité de l’usage du terme « racisé » et du concept d’intersectionnalité, eux aussi soumis à controverses.

Une analyse utile à la veille d’une grande manifestation contre le racisme à Paris ce dimanche 3 mai, à l’appel de La France insoumise (LFI), et alors que 80 élus et militants socialistes enjoignent leur parti à passer aux actes. Michel Agier, auteur notamment de Racisme et culture. Explorations transnationales (Seuil, 2025), propose des pistes d’action.

Une enquête de l’Ifop et de la Licra révèle qu’une personne sur deux se dit victime d’agressions ou de discriminations à caractère raciste. L’élection d’élus racisés comme Bally Bagayoko, le nouveau maire de Saint-Denis, a suscité des réactions ouvertement racistes… Comment analysez-vous ce phénomène ?

Michel Agier : Bally Bagayoko n’a pas été le premier visé, beaucoup d’élus issus des milieux populaires de banlieue où les populations immigrées ont été regroupées dans les années 1950-70 ont été pris à partie dans les médias d’extrême droite et sur les réseaux sociaux. Et avant eux, cela a été le cas de Christiane Taubira et de Najat Vallaud-Belkacem lorsqu’elles sont devenues ministres.

Le racisme est d’autant plus prégnant que ses résurgences renvoient à une forme d’infrapensée dans notre société, qui s’est formée dans le contexte colonial. Et ses manifestations se multiplient quand les personnes issues de l’immigration maghrébine ou subsaharienne, ainsi que les personnes racisées des Antilles gagnent en visibilité dans la sphère politique, sphère publique par excellence.

Il s’agit d’une réaction à une place gagnée, remettant en cause un système de domination traditionnel. C’est très comparable à la montée du masculinisme dans un contexte où le féminisme et les droits des femmes progressent. Le phénomène est accentué par les réseaux sociaux qui créent des foules identitaires avec des personnes seules face à leurs écrans, réunies dans des bulles favorisant les insultes, les caricatures et les agressions.

Devenir chef ? Non merci !

Les personnes racisées restent-elles plus rares dans la classe politique française qu’ailleurs en Europe ?

M. A. : La plupart des pays européens ont une histoire coloniale, mais chaque histoire est particulière, tout comme les caractéristiques des migrations dans les différents pays. Les décolonisations ont été bien antérieures dans l’Empire britannique à celles des colonies asiatiques, algériennes et........

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