L’accord de libre-échange entre New Delhi et Bruxelles, une menace pour les travailleurs indiens
En Inde, l’ouverture au commerce international va de pair avec une dérégulation du marché du travail. Quelles conséquences aura l’accord récemment signé avec l’Union européenne pour les travailleurs indiens ?
En Inde, la coupe est pleine. Le 12 février dernier, pas moins de 300 millions de travailleurs ont déserté les mines, les ateliers et les administrations pour battre le pavé. Une grève historique, selon les syndicats.
La goutte d’eau qui a fait déborder cette coupe, c’est l’accord provisoire scellé le 6 février entre Washington et New Delhi. En échange d’une baisse des droits de douane imposés par les Etats-Unis de 50 % à 18 %, l’Inde doit renoncer à ses achats de pétrole russe, supprimer les droits de douane sur toutes les importations états-uniennes, et acheter, sur cinq ans, pour 400 milliards d’euros de marchandises (énergie comprise). Un accord « honteux », qui « frappera durement les industries indiennes et les travailleurs qui y sont employés », ont dénoncé les syndicats.
Il faut dire que les Indiens sont déjà sur...
En Inde, la coupe est pleine. Le 12 février dernier, pas moins de 300 millions de travailleurs ont déserté les mines, les ateliers et les administrations pour battre le pavé. Une grève historique, selon les syndicats.
La goutte d’eau qui a fait déborder cette coupe, c’est l’accord provisoire scellé le 6 février entre Washington et New Delhi. En échange d’une baisse des droits de douane imposés par les Etats-Unis de 50 % à 18 %, l’Inde doit renoncer à ses achats de pétrole russe, supprimer les droits de douane sur toutes les importations états-uniennes, et acheter, sur cinq ans, pour 400 milliards d’euros de marchandises (énergie comprise). Un accord « honteux », qui « frappera durement les industries indiennes et les travailleurs qui y sont employés », ont dénoncé les syndicats.
Il faut dire que les Indiens sont déjà sur la corde raide. Chaque année, dix millions de nouveaux actifs frappent à la porte du marché du travail. Un flux qui ne tarira pas avant les années 2060, quand le pays comptera près de 1,7 milliard d’habitants (contre 1,45 en 2024).
Officiellement, le chômage a reculé ces dernières années en Inde : il est passé de 8 % en 2020 à 3,2 % en 2024, puis 5 % en 2025. Au-delà du fait que la courbe s’est inversée l’année dernière, l’amélioration de ces dernières années est de toute façon en trompe-l’œil, car une heure travaillée, même sans salaire, suffit à entrer dans la case « en emploi ».
En outre, ce recul tient pour beaucoup à une progression de l’emploi informel, dans un pays où il a toujours représenté l’essentiel des effectifs. « Sur 600 millions de travailleurs, 550 millions sont informels », rappelle Kingshuk Sarkar, professeur à l’Université de Goa, au sud-ouest de l’Inde. Or sans contrat de travail reconnu, ils n’ont ni salaire minimum, ni congés payés, ni protection sociale.
En Inde, l’écrasante majorité des emplois sont informels
Quelques jours avant l’annonce américaine, le 27 janvier, l’Union européenne (UE) et l’Inde ont conclu un large accord de libre-échange prévoyant la suppression progressive de la quasi-totalité des droits sur les échanges entre les........
