Faut-il avoir peur de la dette ? 10 graphiques pour répondre
« Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier. » Une déclaration fracassante de Sébastien Lecornu, en plein débat sur le budget 2027 ? Raté : ces mots sont ceux de François Fillon, alors Premier ministre, en septembre 2007. La dette valait alors 64 % de la richesse nationale, le produit intérieur brut (PIB), contre 120 % aujourd’hui. Vingt ans plus tard, la banqueroute se fait attendre.
Pas de quoi crier victoire pour autant : la dette avoisine 3 600 milliards d’euros, 1 200 de plus qu’avant le Covid, et le Fonds monétaire international (FMI) la voit dépasser 123 % du PIB d’ici 2030. Mais un ratio de dette, même spectaculaire, ne suffit pas à annoncer une crise. Encore faut-il comprendre d’où il vient, et surtout dans quelles conditions cette dette peut continuer à être financée.
Quand les dépenses publiques dépassent les recettes, l’Etat emprunte pour combler l’écart et la dette s’accumule. En France, ce déficit s’est installé dans les années 1970, jusqu’à dépasser 5 % du PIB en 2026.
La faute à un Etat trop dépensier ? Plusieurs responsables le martèlent, à l’image de François Bayrou qui, lorsqu’il était Premier ministre, blâmait les retraites, en janvier 2025 : « Sur les plus de 1 000 milliards de dette supplémentaire accumulée par notre pays ces dix dernières années, les retraites représentent 50 % de ce total. » Une explication simple, donc séduisante. Mais surtout très trompeuse.
Déjà, parce que les retraites ont leurs propres recettes : les cotisations, auxquelles s’ajoutent des impôts et des transferts publics. Avec un déficit autour de 0,2 point de PIB, selon le Conseil d’orientation des retraites (COR), le système de retraite reste proche de l’équilibre.
Il suffit ensuite de décortiquer la dette pour relativiser ce procès. Jusqu’en 2025 et depuis près de huit ans, les administrations de Sécurité sociale affichent des excédents, à l’exception des deux années marquées par le Covid. L’essentiel de la dette publique reste, quant à lui, porté par l’Etat.
S’il faut un coupable, il est plutôt du côté des recettes. Depuis 2017, les baisses d’impôts ont amputé les prélèvements obligatoires d’environ 2,5 points de PIB, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Taxe d’habitation supprimée, impôt sur le revenu allégé, fiscalité du capital réformée : les classes moyennes y ont gagné, mais surtout le haut de l’échelle, via l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) supprimé et la « flat tax » sur le capital. Le reste a profité aux entreprises, via la baisse des impôts de production et celle de l’impôt sur les sociétés. Prises ensemble, ces coupes expliqueraient entre un tiers et la moitié de l’augmentation de la dette publique depuis 2017, estime l’OFCE (devenu depuis l’IFE).
Rapport annuel, Conseil d’orientation des retraites, juin 2026.
Rapport annuel, Conseil d’orientation des retraites, juin 2026.
« Quelles trajectoires pour les finances publiques de la France ? », OFCE, 11 juillet 2025.
« Quelles trajectoires pour les finances publiques de la France ? », OFCE, 11 juillet 2025.
Certaines dépenses ont tout de même creusé le déficit. Mais elles étaient exceptionnelles, en réponse à des crises : chômage partiel, aides aux entreprises, boucliers tarifaires, chèques énergie. Aucune n’était compensée par des recettes, si bien que l’Etat les a payées en grande partie à crédit. Selon l’OFCE, l’autre moitié de la hausse de la dette depuis 2016 venait de ces mesures en 2023, d’abord le Covid, puis le choc énergétique lié à la guerre en........
