Comment Sanofi est devenu dépendant d’un seul médicament
Le Dupixent, médicament contre les maladies inflammatoires, pèse plus du tiers des recettes du géant français. Une dépendance acceptée et même choisie par les labos, qui privilégient quelques traitements ultra-rentables.
Un véritable blockbuster de l’industrie pharmaceutique. Non, « Dupixent » n’est pas le titre d’une super-production hollywoodienne, mais le nom d’un médicament qui rapporte des dizaines de milliards d’euros à un laboratoire. Utilisé contre plusieurs maladies inflammatoires comme l’asthme, la dermatite atopique ou la bronchite chronique, le Dupixent constitue une machine à cash pour Sanofi, laboratoire français qui opère à l’international et qui détient son brevet.
La firme en est tellement devenue dépendante que sa stratégie à moyen et long terme interroge. C’est d’ailleurs une des causes du départ, mi-février, de l’ancien directeur général, Paul Hudson, car l’échéance...
Un véritable blockbuster de l’industrie pharmaceutique. Non, « Dupixent » n’est pas le titre d’une super-production hollywoodienne, mais le nom d’un médicament qui rapporte des dizaines de milliards d’euros à un laboratoire. Utilisé contre plusieurs maladies inflammatoires comme l’asthme, la dermatite atopique ou la bronchite chronique, le Dupixent constitue une machine à cash pour Sanofi, laboratoire français qui opère à l’international et qui détient son brevet.
La firme en est tellement devenue dépendante que sa stratégie à moyen et long terme interroge. C’est d’ailleurs une des causes du départ, mi-février, de l’ancien directeur général, Paul Hudson, car l’échéance de la fin du brevet, aux alentours de 2030 selon les pays, inquiète les actionnaires.
Pour comprendre comment une molécule peut générer de tels revenus et in fine fragiliser un laboratoire, revenons sur l’ampleur des sommes en jeu. Le Dupixent a rapporté à Sanofi plus de 15 milliards d’euros de recettes sur la seule année 2025. Ainsi, il génère à lui seul 36 % du chiffre d’affaires du géant français. La firme, qui commercialise plusieurs dizaines de traitements et vaccins à travers le monde, dépend donc aujourd’hui pour plus d’un tiers de ses revenus d’un seul de ces médicaments.
Sur l’année 2025, le Dupixent a constitué le quatrième médicament au monde ayant généré le plus de recettes. Il figure ainsi dans le club restreint des traitements dont les ventes annuelles dépassent la dizaine de milliards de dollars.
A court terme, les comptes de l’entreprise profitent de cette aubaine. Mais il va falloir lui trouver des alternatives une fois que son brevet arrivera à échéance, aux alentours de 2030. En effet, dès que le traitement ne bénéficie plus de brevet, il peut être copié par d’autres industriels et son prix de vente – aujourd’hui plus de 1 000 euros l’injection – chute donc mécaniquement.
Le cas du géant danois Novo Nordisk illustre bien ce cas de figure. Le laboratoire s’est enrichi pendant des années avec les ventes de ses traitements antidiabétiques et contre l’obésité, Ozempic et Wegovy. Avec près de 20 milliards de dollars de recettes en 2025, le premier nommé constitue le troisième médicament le plus vendu au monde. Mais le brevet de ces molécules arrive à échéance cette année dans la plupart des grands pays.
Dépendance inquiétante
Quand les maires changent la ville
Le groupe pharmaceutique danois a déjà averti que son chiffre d’affaires et ses bénéfices devraient diminuer de plus de 10 %. Ce qui a notamment provoqué le départ de ses dirigeants début février et l’effondrement de son cours de Bourse, qui a été plus que divisé par deux depuis le début de l’année 2025.
Le scénario va-t-il se répéter pour Sanofi ? Contacté par Alternatives Economiques, le laboratoire tente de rassurer :
« Notre portefeuille nous permet de faire preuve de résilience face aux cycles de vie des brevets. Nous anticipons une activité soutenue de notre pipeline [l’ensemble des médicaments et vaccins en cours de recherche et développement, NDLR] pour 2026 et 2027, avec plus de 15 résultats de Phase 3 attendus [la dernière phase d’essai clinique avant l’autorisation éventuelle de mise sur le marché, NDLR], plus de 30 soumissions réglementaires, et plus de 15 décisions réglementaires ».
« Notre portefeuille nous permet de faire preuve de résilience face aux cycles de vie des brevets. Nous anticipons une activité soutenue de notre pipeline [l’ensemble des médicaments et vaccins en cours de recherche et développement, NDLR] pour 2026 et 2027, avec plus de 15 résultats de Phase 3 attendus [la dernière phase d’essai clinique avant l’autorisation éventuelle de mise sur le marché, NDLR], plus de 30 soumissions réglementaires, et plus de 15 décisions réglementaires ».
Reste à voir si l’un ou plusieurs de ces projets seront à même de remplacer le potentiel du Dupixent, qui a rapporté depuis son lancement plus de 60 milliards d’euros.
Reste à voir si d’autres projets seront à même de remplacer le Dupixent, qui a rapporté depuis son lancement plus de 60 milliards d’euros
Reste à voir si d’autres projets seront à même de remplacer le Dupixent, qui a rapporté depuis son lancement plus de 60 milliards d’euros
Des investissements ciblés sur les maladies les plus rentables
Au-delà du cas de Sanofi, la tendance du secteur consistant à trouver leurs « blockbusters » est lourde de conséquence dans l’allocation des efforts de recherche. En témoigne le désengagement de Sanofi dans sa filiale Opella, qui commercialise des médicaments sans ordonnance tels que le Doliprane ou le Lysopaïne, jugée pas assez rentables puisqu’ils ne bénéficient pas de brevet.
A l’inverse le laboratoire se concentre sur les traitements dits innovants, car le prix de vente est susceptible d’être bien plus élevé. Et cible certains types de maladies bien précises pour y parvenir.
« On observe une concentration des dépenses sur un petit nombre de pathologies, principalement les maladies chroniques, car elles nécessitent un traitement dans la durée, constate Nathalie Coutinet, économiste à l’Université Paris 13 et spécialiste du secteur, citant par exemple : le cancer, maladie pour laquelle le prix des traitements peut atteindre des sommets, mais aussi l’obésité et des maladies du système nerveux comme Parkinson ou Alzheimer. »
« On observe une concentration des dépenses sur un petit nombre de pathologies, principalement les maladies chroniques, car elles nécessitent un traitement dans la durée, constate Nathalie Coutinet, économiste à l’Université Paris 13 et spécialiste du secteur, citant par exemple : le cancer, maladie pour laquelle le prix des traitements peut atteindre des sommets, mais aussi l’obésité et des maladies du système nerveux comme Parkinson ou Alzheimer. »
Sans surprise, poursuit-elle, « les laboratoires ciblent des pathologies venant des pays riches, là où la demande est solvable ». L’effort est évidemment bienvenu pour ces pathologies, mais cet aiguillage des efforts de recherche répond davantage à une logique de marché qu’à celle de la santé publique.
« On se retrouve avec des aires thérapeutiques négligées comme les antibiotiques, car il s’agit de traitements de courte durée, mais aussi les maladies rares, qui par définition, rapportent moins, ou encore les affections qui se développent principalement dans les pays du sud », résume Nathalie Coutinet, également chroniqueuse à Alternatives Economiques.
« On se retrouve avec des aires thérapeutiques négligées comme les antibiotiques, car il s’agit de traitements de courte durée, mais aussi les maladies rares, qui par définition, rapportent moins, ou encore les affections qui se développent principalement dans les pays du sud », résume Nathalie Coutinet, également chroniqueuse à Alternatives Economiques.
De quoi rappeler que les stratégies économiques des grands laboratoires sont déterminantes pour la santé mondiale.
