Faut-il congeler une partie de la dette publique comme le propose Jean-Luc Mélenchon ?
En exhumant une déclaration de Jean-Luc Mélenchon sur l’annulation de la dette en plein mois d’août, Gabriel Attal a rendu un fier service aux équipes de campagne de la France insoumise (LFI). « Il suffit de les prendre et de les foutre au feu », avait lancé, lors d’une conférence de presse en juin 2026, le leader insoumis pour expliquer sa proposition sur les titres de dette publique française logés à la Banque de France mais détenus par la Banque centrale européenne (BCE). Depuis que l’ancien Premier ministre macroniste a repris ces propos – pour les vilipender – le sujet, pourtant un peu technique, s’est retrouvé au cœur des débats médiatiques.
1/ De quoi s’agit-il ?
L’idée n’est pas nouvelle. Le programme présidentiel de Jean-Luc Mélenchon en 2022 mentionnait déjà la mesure : « Exiger de l’UE que la Banque centrale européenne (BCE) transforme la part de dette des Etats qu’elle possède en dettes perpétuelles à taux nul. » L’ancien député des Bouches-du-Rhône l’avait également détaillé un entretien publié sur notre site, en juin dernier.
A partir de 2015, la BCE s’est mise à acheter des titres de dette souveraine européenne sur le marché secondaire (c’est-à-dire auprès d’acteurs financiers car la BCE n’a pas le droit de les acheter directement auprès des Etats), pour faire face au risque de déflation dans un contexte post-crise des dettes souveraines.
Lors de la pandémie de Covid-19, la BCE a accéléré son programme de rachats d’obligations, si bien qu’elle a détenu jusqu’à un tiers des dettes publiques de la zone euro. En 2025, sur fond d’inflation, la banque centrale a totalement cessé ses achats.
Environ 18 % de la dette publique française, soit 600 milliards d’euros de titres publics, sont aujourd’hui inscrits au bilan de la Banque de France pour le compte de l’Eurosystème. C’est ce montant que Jean-Luc Mélenchon souhaite transformer en dette perpétuelle à taux nul. Le chef de file des insoumis a aussi résumé le principe par la formule de « mettre la dette au frigo ».
2/ Est-ce que c’est techniquement possible ?
La proposition a suscité des cris d’orfraie à droite. « C’est la crise financière assurée », s’est ému Roland Lescure, le ministre de l’Economie. Il juge la mesure illégale car « non conforme aux traités européens ».
Nicolas Dufrêne, économiste et directeur de l’Institut Rousseau, qui est favorable à l’annulation de la dette, réfute l’argument du ministre. L’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) interdit effectivement le financement monétaire des dettes publiques. Or, « les dettes publiques ont déjà été financées par les banques lors de l’opération initiale d’achat du titre de dette publique et c’est ensuite la BCE qui rachète ces titres aux investisseurs sur le marché secondaire. Annuler des titres pour lesquels un financement a........
