Elon Musk, de génie visionnaire à premier influenceur suprémaciste
« I bought it before Elon become crazy » (« Je l’ai achetée avant qu’Elon ne devienne fou »). À partir de février 2025, ces autocollants se sont multipliés au dos des Tesla, en signe de désolidarisation vis-à-vis du patron de la marque de voitures électriques.
Quelques jours plus tôt, l’homme le plus riche du monde avait sidéré le monde en effectuant coup sur coup deux saluts nazis (que certains préféreront qualifier de « romains ») lors de l’investiture de Donald Trump à la Maison-Blanche. Il venait aussi d’être nommé à la tête du Doge, organe chargé de réduire brutalement les dépenses publiques.
Ces stickers témoignent bien du retournement d’image dont Musk a fait l’objet. Il y a encore quelques années, le patron de Tesla et SpaceX jouissait d’une réputation d’entrepreneur visionnaire, au génie technologique et industriel hors norme. Nombre de progressistes étaient séduits par ses innovations bas carbone, et sa conception « multiplanétaire » de l’espèce humaine (dont l’installation d’une colonie sur Mars serait la prochaine réalisation).
Son parcours entrepreneurial avait aussi de quoi relancer le mythe de l’American Dream. Elevé à Pretoria en pleine période d’Apartheid, il débarque aux États-Unis en 1992. Grâce à la vente de son logiciel Zip2, il empoche 22 millions de dollars, qu’il réinvestit dans X.com, un projet de banque en ligne. La société fusionne ensuite avec Paypal, cofondée par Peter Thiel, et sera vendue 1,5 milliard de dollars à eBay.
À 30 ans, déplorant que la NASA n’investisse plus dans la course à l’espace, il se lance dans l’aérospatial en fondant SpaceX. Puis, il met un pied dans l’automobile en rachetant Tesla. Vingt ans plus tard, ces deux entreprises ont pris une ampleur vertigineuse. SpaceX, certes biberonnée aux aides publiques et qui vient de faire son entrée en Bourse, est même devenue incontournable pour les puissances occidentales : la Nasa s’appuie sur ses lanceurs Starship pour ses missions, et l’armée ukrainienne dépend du réseau Starlink pour assurer sa communication en zone de guerre.
Mythe stoppé aux portes de l’usine
Mais le prestige construit par Elon Musk jusqu’aux années 2020 masquait tout un pan du personnage. Car au sein de ses entreprises, les employés étaient déjà confrontés à un patron tyrannique, ne supportant pas le moindre contre-pouvoir… à commencer par celui des syndicats.
L’usine Tesla de Fremont, en Californie, en est devenue le symbole. En 2018, en pleine campagne menée par le puissant syndicat automobile UAW, Musk avait menacé les salariés de leur faire perdre leurs stock-options s’ils votaient en leur faveur. Rebelote en Europe, notamment dans des concessionnaires en Suède, où Tesla a refusé début 2023 de signer des conventions collectives pour ses salariés. 70 d’entre eux se sont mis en grève, et la situation perdure encore aujourd’hui.
Contrairement à Henry Ford, antisyndicaliste notoire qui promettait à ses ouvriers d’améliorer leur bien-être à l’usine, Musk, lui, assume sa brutalité managériale peu importe les cadences ou les conditions de travail.
Après le licenciement de 7 000 salariés lors du rachat de Twitter, il prévient ceux qui restent dans un mail :
« Pour bâtir un Twitter 2.0 révolutionnaire et réussir dans un monde de plus en plus concurrentiel, nous allons avoir besoin d’être à fond, à l’extrême. Cela signifie travailler de longues heures à haute intensité. »
« Pour bâtir un Twitter 2.0 révolutionnaire et réussir dans un monde de plus en plus concurrentiel, nous allons avoir besoin d’être à fond, à l’extrême. Cela signifie travailler de........
