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Eloi Laurent : « Les villes actuelles sont dévorées par les logiques marchandes au détriment des lieux de coopération »

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06.07.2026

Ni marché ni marchandise, mais lieu de coopérations, la ville peut redevenir le creuset d’un bien-être humain réconcilié avec les limites planétaires, propose Eloi Laurent. L’élaboration de l’IBV, l’Indice du bien-être en ville d’Alternatives Economiques, a bénéficié de ses conseils. L’économiste accompagne actuellement la Direction de la Transition écologique et du climat de la Ville de Paris pour mettre en œuvre et faire vivre une transition juste dans la capitale.

A quoi sert de mesurer le bien-être au niveau local ?

Eloi Laurent. Mesurer le bien-être dans les villes, comme le fait Alternatives Economiques, en utilisant une large palette de dimensions et d’indicateurs permet de valoriser la diversité des expériences humaines vécues. On récuse alors l’idée qu’il n’existerait qu’une voie possible pour atteindre une seule performance à répliquer partout. Cette valorisation plurielle du bien-être s’oppose en outre à deux logiques : celle de l’attractivité, qui revient à fonder les politiques des territoires sur les préférences des gens qui n’y habitent pas, et celle du classement – et du déclassement –, qui revient à trier les bons des mauvais.

A mes yeux, l’originalité de ce travail dans le champ désormais étendu des indicateurs de bien-être est de saisir – en partie bien entendu – la manière dont les villes donnent à leurs habitants la capacité de mener la vie qui leur convient en partageant des services communs. C’est donc pour moi un indicateur de capacité à bien vivre la ville ensemble, dans l’esprit d’Amartya Sen. Ce qui le distingue par exemple de classements des villes « où il fait bon vivre » (entre soi) qui mettent l’accent sur la sécurité et l’endogamie sociale.

Qu’est-ce que la ville du bien-être que vous prônez ?

Cette idée part du constat de villes prisonnières des logiques de croissance. Et, en face, d’un monde de la postcroissance encore trop abstrait et insuffisamment incarné. Un article de référence des années 1970 parlait des villes comme des « machines de croissance » (« growth machines ») et c’est en effet le prisme des politiques territoriales déployées depuis au moins dix ans en France, qui embrigadent les villes dans la « croissance métropolitaine ». Mais les villes n’ont pas été inventées pour nourrir les comptes nationaux et les territoires n’ont pas vocation à alimenter le PIB, ce sont avant tout des lieux de vie et de coopération.

Où la ville du bien-être puise-t-elle ses racines ?

Aristote écrit que la ville a été inventée pour vivre, mais qu’elle perdure pour permettre à ses membres de bien vivre. Il parle déjà explicitement de « qualité de vie » dans la cité. Quand l’urbanisme est inventé comme discipline avec Ildefons Cerdà, qui va refonder Barcelone au milieu du XIXe siècle, c’est le bien-être qui est aussi, explicitement, au cœur de la vision. Et Barcelone devient de fait la première ville du bien-être, c’est-à-dire construite autour de principes de justice sociale, de santé, de coopération, de symbiose avec l’environnement naturel.

Définir la ville comme un lieu de coopérations sociales et naturelles permet de mieux appréhender les chocs écologiques

Définir........

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