La méthanisation agricole, une controverse écologique qui s'enflamme
Deux sujets cristallisent les discussions sur la sortie de la dépendance pétrogazière de la France : les économies d’énergie et la hausse de la production d’électricité décarbonée, couplée à l’électrification des usages.
Dans un contexte où les fossiles représentent encore 58 % de la demande énergétique et où il faut s’en débarrasser d’ici à 2050, actionner simultanément et vigoureusement ces deux leviers est un impératif. Mais cela ne suffira pas. Un angle mort de ce débat, non chez les spécialistes mais dans l’arène médiatique et politique, est la décarbonation de la part de la demande d’énergie qui n’aura pu ni être évitée ni être électrifiée.
Même si cette part varie selon la place donnée à la sobriété et à l’électrification dans les différents scénarios de décarbonation (négaWatt-Afterres, Shift Project, Ademe, RTE, gouvernement), les ordres de grandeur sont comparables et l’enjeu est énorme dans tous les cas de figure.
Publiée par l’exécutif en juillet 2026, la troisième stratégie nationale bas carbone (SNBC 3) vise ainsi une baisse de 21 % de la demande d’énergie, de 1 499 TWh (térawattheures) en 2024 à 1 178 TWh en 2050, et une hausse de 57 % de la consommation d’électricité (grâce surtout à un déploiement très conséquent de l’éolien et du solaire).
En dépit de ces efforts, l’électricité bas carbone ne couvrirait à cet horizon « que » 54 % des besoins énergétiques (contre 26 % aujourd’hui), indique la SNBC 3. Le recours aux combustibles fossiles étant exclu, le reste, 46 %, devra provenir essentiellement de matières organiques (près de 16 % de la demande énergétique aujourd’hui), autrement dit d’une forte hausse des produits et sous-produits de la forêt et de l’agriculture… dans un contexte de stress hydrique croissant.
Une concurrence avec les usages alimentaires
C’est au regard de ces besoins élevés de biomasse pour boucler l’équation de la sortie des fossiles qu’il faut comprendre l’objectif national de faire passer la production de biométhane de 15 TWh estimés pour 2026 à 105 TWh en 2050, avec un passage à 44 TWh dès 2030 selon la programmation pluriannuelle de l’énergie publiée en février 2026. Une sérieuse accélération puisque, depuis son décollage en 2020, la filière du biométhane progresse à un rythme d’environ 2,5 TWh par an.
Biométhane ? Nous parlons ici du méthane (CH4) extrait du biogaz généré sous ces dômes géants qui essaiment aujourd’hui dans les campagnes, injecté ensuite dans le réseau de distribution de gaz naturel (du CH4 fossile).
Le biogaz, mélange principalement de méthane et de gaz carbonique, est quant à lui le produit de la digestion par des micro-organismes, en milieu privé d’oxygène, de matière organique : déjections des animaux d’élevage (aujourd’hui de loin la première ressource), déchets des industries agroalimentaires, biodéchets, résidus de cultures.
Parce que les matières de récupération représentent un potentiel très insuffisant par rapport aux besoins futurs, la méthanisation va mobiliser de plus en plus de cultures dédiées
Mais parce que ces matières de récupération représentent un potentiel très insuffisant par rapport aux besoins futurs, la méthanisation va mobiliser de plus en plus de cultures dédiées. Pour éviter, comme on l’a vu en Allemagne, qu’elles ne concurrencent........
