L’OPA hostile sur l’économie solidaire au Luxembourg, une nouvelle contribu...
Nous continuons à publier les contributions de Romain Biever, Président de l'Institut Luxembourgeois de l'Économie Solidaire avec un nouvel article intitulé "L’OPA hostile sur l’économie solidaire" dont le contenu n'est sans doute pas totalement étranger à certains enjeux français.
L’annonce récente selon laquelle la SIS on.perfekt ne devrait plus bénéficier d’un financement public pourrait, à première vue, apparaître comme le sort particulier d’un projet isolé. Elle renvoie en réalité à une question beaucoup plus fondamentale : qu’est devenue l’économie sociale et solidaire au Luxembourg ? Ou, pour poser la question autrement : comment prend-on le contrôle d’un secteur économique qui s’était précisément constitué comme une alternative à l’économie privée ? Il n’est pas nécessaire de racheter ses organisations. Il suffit de remplacer ceux qui les représentent, d’en modifier le langage et de confier leur avenir aux entrepreneurs. Au Luxembourg, cette évolution peut être observée depuis 2013. Cette année-là fut créée l’Union luxembourgeoise de l’économie sociale et solidaire, l’ULESS. Elle devait rassembler les associations, les coopératives, les initiatives d’insertion par l’emploi et les autres acteurs d’un secteur économique dont l’objectif premier n’était pas la réalisation de profits privés.
Douze ans plus tard, cette ambition a disparu. L’ULESS est devenue «Entrepreneurs d’Impact Luxembourg», EIL. D’une organisation fédérant un secteur diversifié, elle s’est transformée en représentation des intérêts des sociétés d’impact sociétal, les SIS. Ce changement de nom est bien davantage qu’une nouvelle carte de visite. Il traduit la prise de contrôle politique de tout un secteur. L’économie sociale et la solidarité ont disparu. Restent les entrepreneurs et leur « impact » sociétal. EIL ne dissimule d’ailleurs pas cette évolution. Sur son site internet, l’organisation oppose les SIS aux associations traditionnelles. Les premières pourraient réaliser des bénéfices durables et ne seraient plus dépendantes des subventions publiques. Le fait que l’ancienne ULESS ait dû représenter à la fois des associations et des SIS y est présenté comme une contradiction qu’il conviendrait désormais d’éviter. En d’autres termes, la diversité de l’économie solidaire ne constituait apparemment pas sa richesse. Elle était devenue le problème. Celui-ci a été résolu en faisant disparaître une partie considérable de ses acteurs historiques de la représentation commune du secteur. Il n’est pas sans ironie de constater que l’organisation qui présente les associations comme un modèle économiquement limité est elle-même constituée sous la forme d’une ASBL.
La composition de ses instances........
