La croissance des inégalités dégrade l’activité économique, et ça se voit à...
La croissance des inégalités dégrade l’activité économique, et ça se voit à l’œil nu !
Dans la période récente, la stagnation des salaires (dont le pouvoir d’achat a baissé) et le dynamisme des revenus financier explique pour partie un taux d’épargne élevé, et un ralentissement de la croissance. Si le mécanisme est connu, il est rare de pouvoir observé à l’œil nu une hausse si marquée des inégalités qu’elle se traduit par des effets macroéconomiques immédiats.
En macroéconomie on sait que la conjoncture économique dépend pour partie de la demande, qui inclut l’investissement, la consommation publique (éducation, santé), mais aussi la consommation privée des ménages.
La consommation privée des ménages, dépend du revenu des ménages. Ainsi, un peu plus de revenu pour les ménages, génère un accroissement de la demande, et – si les entreprises sont en mesure de répondre à cette demande - un accroissement de la croissance.
Mais la consommation privée, dépend également de la « propension à consommer » des ménages, c’est-à-dire de la part du revenu qu’ils consacrent en moyenne à la consommation. Plus la propension à consommer est forte, plus la croissance du revenu se traduit en demande ( et plus les multiplicateurs keynésiens sont élevés) .
Sauf que depuis la sortie des confinements, le « taux d’épargne », c’est-à-dire au niveau macro-économique la part du revenu qui n’est pas consommée, est montée à des niveau anormalement élevés… et ne redescend pas, ce qui intrigue et inquiète les macro économistes (Figure 1).
Taux d'épargne des ménages, trimestre, France, en % du RDB, cvs-cjo;
Source : Banque de France. Lecture : depuis le premier trimestre 2024 le taux d’épargne se situe à un palier de 18%, bien au-dessus de sa moyenne de long terme.
Il peut y avoir de multiples explications à cela : épargne de précaution, face à l’incertitude de l’avenir, achat immobilier ancien (qui comptablement apparaît comme de l’épargne dans les comptes nationaux), ou…accroissement des inégalités.
En effet, on sait que les ménages modestes et moyen consomme tout ou presque tout leur revenu, tandis que les ménages aisés vont avoir une propension à épargner élevée, et qui croit avec le revenu.
De ce fait, quand les inégalités augmentent, le revenu est en moyenne de moins en moins consommé et de plus en plus épargné. Or précisément, dans la période récente, la stagnation des salaires et le dynamisme (relatif) des revenus du capital est à l’origine d’un creusement marqué des inégalités.
Ainsi l’INSEE a relevé l’an passé qu’en 2024 la hausse marquée des inégalités était due à la conjonction
de la baisse du niveau de vie des ménages modestes : le niveau de vie seuil à partir duquel on fait partie des 10% les plus modeste a baissé de 1%, ce qui est rare et signale une dégradation absolue des conditions de vie, signalée également par la hausse du taux de pauvreté)
à la stagnation des du niveau de vie médian (+0,9%)
et à la progression plus dynamique des revenus du seuil du dernier décile (seuil à partir duquel on fait partie du Top 10), principalement explicable par des revenus financiers plus dynamiques.
Bref, les inégalités augmentent, et cela joue sur le taux d’épargne, comme un frein à l’activité économique. A tel point que certains prévisionnistes se disent que désormais pour prédire l’évolution de la consommation des ménages, il ne faut plus suivre l’évolution des revenus en général (revenus du travail + revenus financiers), mais celle des salaires en particulier, parce que les revenus financiers ont tendance à être conservés sous forme d’épargne, et donc que leur croissance n’alimente pas la consommation. Un point déjà souligné par une étude de la Banque de France en 2020, mais qui joue sans doute un rôle encore plus important depuis 2024 (voir aussi ce blog OFCE et l’étude à laquelle elle se refère).
Il y a sans doute d’autres raison pour lesquelles le taux d’épargne reste élevé (incertitude, inflation, effet de génération, etc.), mais la croissance inégale du revenu dans la période récente est sans doute une part importante de l’explication. Ainsi l’OFCE dans sa prévision d’avril 2026, estime qu’au premier trimestre 2026, de l’ordre de 1,8 point du taux d’épargne s’explique (sur les 4 à 5 points à expliquer) s’explique par la part des revenus financiers dans le revenu total.
Pour le dire autrement, nous vivons une période économique où les inégalités de revenu -restées relativement contenues entre 2008 et 2018 ont connu une accélération telle qu’on en voit les effets macro-économiques, à court terme, et à l’œil nu. Si le mécanisme est connu, sa manifestation aussi visible dans les statistique macro me semble relativement rare.
Et cet accroissement des inégalités, est due, avant tout, à la stagnation préoccupante des salaires qui n’avaient toujours pas retrouvé fin 2024 leur pouvoir d’achat moyen de 2019.
