Pourquoi la reconnaissance du génocide arménien par Israël suscite autant de scepticisme
Pourquoi la reconnaissance du génocide arménien par Israël suscite autant de scepticisme
En faisant un grand pas vers une reconnaissance officielle, le gouvernement israélien a visiblement envoyé un signal à la Turquie. Mais ce geste intervient dans un contexte de proximité stratégique et diplomatique avec l'Azerbaïdjan et de tensions croissantes autour de l'avenir de la communauté arménienne de Jérusalem.
Temps de lecture: 6 minutes
Par Sophie Boutière-Damahi
22 juillet 2026 à 6h55 – Édité par Émile Vaizand
«Il n'est jamais trop tard pour faire ce qui est juste», a déclaré le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar, le 28 juin 2026, en présentant la reconnaissance du génocide arménien par le gouvernement de l'État hébreu comme un «devoir moral et historique». Une initiative qui doit encore être confirmée par un vote à la Knesset, le Parlement israélien, mais qui n'est pas encore totalement entérinée. De son côté, la Turquie a dénoncé une décision «politique», en accusant Israël de chercher à détourner l'attention de ses propres actions et d'un éventuel autre «génocide» commis dans la bande de Gaza.
Cette volonté de reconnaissance officielle intervient de façon paradoxale pour les Arméniens d'Israël. Si elle constitue une victoire mémorielle, elle contraste aussi avec les liens stratégiques étroits qu'Israël entretient avec l'Azerbaïdjan, ennemi historique de l'Arménie. Depuis plusieurs années, Bakou est en effet devenu un partenaire stratégique important de l'État hébreu dans le domaine militaire. Cette coopération a été particulièrement scrutée après l'offensive azerbaïdjanaise de septembre 2023 au Haut-Karabakh, qui a fait environ 400 morts et conduit au départ de plus de 100.000 Arméniens de la région.
Les limites d'une reconnaissance historique
Pour Bedross Der Matossian, historien arméno-américain, professeur à l'université du Nebraska à Lincoln et spécialiste du génocide arménien (perpétré par l'Empire ottoman en 1915-1916), cette reconnaissance ne peut être dissociée des choix géopolitiques actuels d'Israël. «Si Israël est sincère, ce dont je doute profondément, il devrait prendre des mesures concrètes pour réparer sa relation avec le peuple arménien, estime-t-il. Il devrait d'abord reconnaître et présenter des excuses pour son rôle dans le soutien apporté à la campagne militaire de l'Azerbaïdjan, qui a conduit au nettoyage ethnique de l'Artsakh [le Haut-Karabakh, ndlr]. La reconnaissance d'une atrocité historique perd toute crédibilité lorsqu'elle s'accompagne de politiques qui en facilitent une autre.»
À Erevan, les autorités arméniennes y voient elles-mêmes un geste instrumentalisé par les tensions entre Israël et la Turquie. Au lendemain de la décision israélienne de reconnaître le génocide arménien, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a ainsi pris du recul et réagi avec détachement. «Nous estimons qu'il est dans l'intérêt de la République d'Arménie de ne pas entrer........
